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 katherine&eunji Δ act I

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Go Eun Ji
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MessageSujet: katherine&eunji Δ act I   Ven 17 Avr - 16:38

Imaginez-vous Monsieur Indestructible...vous savez quoi, finalement, imaginez-vous plutôt Bob Parr. Eun Ji n'avait pas de muscles pétant sous sa chemise, mais au moins ses jeans étaient à sa taille et la chaise sur laquelle elle ne pouvait se poser qu'une minute toutes les trois heures n'était pas trop petite pour elle. Elle n'était sûrement pas non plus aussi généreuse que le héros des Indestructibles pouvait l'être. Au final, l'unique similarité entre le bonhomme et Eun Ji, c'était probablement qu'ils haïssaient tous les deux tellement leurs jobs que si quelqu'un débarquait pour  demander à la rouquine de devenir une superhéroïne et sauver le monde, elle n'aurait pas hésité plus de deux secondes avant d'accepter. Qu'elle ait des superpouvoirs ou non. Évidemment, ce n'était pas le cas.

Elle avait discrètement glissé un écouteur dans son oreille pour se distraire de son entourage. Elle ne supportait pas la musique aux décibels équivalents à ceux d'une boîte de nuit, elle ne supportait pas les client qui piaillaient deux fois plus fort que nécessaire afin de s'entendre par-dessus la radio. Sa co-caissière narrait depuis la pause repas ses aventures à l'hôpital et il fallait à la rouquine invoquer toute la patience du monde pour ne pas l'y renvoyer. Et surtout, surtout, elle avait sa nouvelle employeuse en horreur. Voilà deux semaines qu'elle avait commencé à bosser dans un magasin de fringues et la surnommée Dame Vador ne lui avait laissé aucun répit – c'était ordre sur ordre, elle courait entre les « va me chercher un café » et autres « range cette pile de fringues ». S'enfiler trois nuits blanches devant du binaire était moins fatiguant que passer une journée dans la grande surface, elle pouvait le jurer. Tant d'efforts pour se réinsérer dans la société et devenir une citoyenne modèle.

« ...et franchement, je ne sortirai jamais avec un docteur. »

Eun Ji retint un soupir exaspéré, traitant les achats de la énième cliente du jour sans prêter la moindre attention à sa collègue qui, elle, s'occupait en décollant les étiquettes des nouveaux cintres. Heureusement que le magasin était équipé de trois caisses. Un rapide coup d'oeil au reste du magasin lui confirma que l'arrivée de clients n'était pas prête de se tarir et la Coréenne se maudit mentalement d'avoir mentionné être « sociable et douée au contact » sur son CV. Un mensonge censé la distinguer des autres candidats au poste et maintenant qu'elle y repensait, n'importe qui aurait fait un meilleur job qu'elle. Un 'au revoir' marmonné et elle s'autorisa à relâcher l'attention une brève minute. « Pourquoi pas ? » finit-elle par lâcher, pas plus intéressée que ça par la réponse mais priant pour que ça suffise à faire taire l'inépuisable Ra Eum.

« Ils font des compliments bizarres. » Le bref gémissement de la jeune femme sembla l'encourager à continuer : « Oui, l'autre jour j'y ai été pour un check-up et ils m'ont dit des trucs comme, 'elle a une paroi nasale claire' et 'la couleur de son sang est jolie'. C'est pas trop bizarre ? »

Ra Eum ne se méprit cette fois-ci pas sur la signification du grognement de la rousse et elle annonça quitter son poste pour aller remettre un peu d'ordre près des cabines. Non qu'elle l'aidait vraiment à gérer les clients jusque-là, songea Eun Ji en saluant brièvement les suivantes à s'avancer à la caisse. Quatorze heures seulement et elle se prenait déjà à rêver de retrouvailles avec son lit, son frigo et sa solitude si confortables. Comment voulez-vous motiver les gens à travailler honnêtement quand tout semblait si interminablement figé ? Son répit fut une nouvelle fois coupé court par Ra Eum, qui revenait avec encore plus de cintres à éplucher.

« Tu t'es téléportée ou quoi ? »

On n'était peut-être plus si loin de Bob Parr, finalement. Eun Ji releva le nez, offrant un regard inquisiteur à sa collègue qui semblait tout aussi étonnée qu'elle. « Bon, contente de voir que tu as suivi mon conseil. » Et voilà, ce ton maternisant qu'elle détestait tant était de retour mais pour la première fois depuis le début de ces deux semaines, elle ne le releva pas et s'occupa plutôt de chercher à comprendre ce qu'elle cherchait à dire par conseil – comme si elle aurait pu y être réceptive, d'autant plus s'il venait de Ra Eum. Cette dernière ne fit qu'ajouter à sa confusion en marmonnant la suite : « On n'a pas idée, d'essayer des affaires pendant ses heures de travail. » L'ex-détenue fut tentée de lui demander si les docteurs lui avaient fait une quelconque injection, mais elle n'eut le temps de faire de remarque qu'une nouvelle vague de clients se présentaient à la seule caisse ouverte - Dame Vador aurait sa peau.

« Bonjour et bienvenue à Romwe », répéta-t-elle comme une mantra irritante avant de se redresser et les yeux qu'elle rencontra lui firent l'effet d'un coup de poing dans l'abdomen.

Elle avait devant elle son portrait craché. Elle n'osa relâcher son regard pendant près d'une minute, entre la crainte d'être face à une illusion ou d'être victime d'une mauvaise blague et l'incrédulité. Quand enfin elle revint à elle-même, ses mains tremblantes traitèrent d'elle-même la commande, plièrent malhabilement les vêtements présentés, fourrant des tickets de caisse à moitié froissés dans le sac qu'elle tendit fébrilement à la jeune femme devant elle. Elle sentait le regard du groupe peser sur elle, jusqu'à ce que toutes aient disparu de son champ de vision et là non plus, elle ne s'autorisa pas à reprendre son souffle. Le sang battait encore si fort à ses oreilles quand l'inconnue quitta le magasin, suivi de plusieurs autres femmes de son âge, qu'elle en fut incapable de se mouvoir.

Et pourtant, moins d'une minute après et Eun Ji avait précipitamment quitté son poste (et que Dame Vador aille se faire foutre) pour rejoindre à grands pas déstabilisés la jeune femme qu'elle cherchait depuis des mois.

« Hwang Katherine ? » héla-t-elle d'une voix incertaine, assez fort cependant pour que tout le petit groupe se retourne en entendant l'employée.

Et l'inconnue lui fit face de nouveau. Eun Ji s'était imaginée cent fois ce jour précis et ce qu'elle pourrait dire à sa soeur pour la première fois, mais maintenant qu'elle était face à celle-ci, faible et intimidée, elle se retrouvait complètement démunie. Pas de sourire qui se voulait rassurant, ni de main tendue amicalement ou de présentation. Rien de ce qu'elle avait pu imaginer dans ces nombreuses rêveries qu'elle s'était créées du jour où elle rencontrerait enfin sa jumelle.

« Je suis désolée, mais on doit parler. C'est urgent. » Elle sembla se ressaisir brièvement, sentant l'importance de la situation. « On doit vraiment parler », répéta-t-elle, plus assurée mais pas moins perdue.
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Hwang Katherine
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MessageSujet: Re: katherine&eunji Δ act I   Ven 17 Avr - 19:44




Act I

Eun Ji & Katherine


Tenue

Mon jour de repos tant attendu venait enfin de pointer le bout de son nez. Je n'avais cessé de travailler des jours durant et il fallait bien avouer qu'à force de bûcher comme une malheureuse, mon boss avait plusieurs jours de congé à m'offrir sur un plateau, dont celui-là. Cela me donnerait un peu de temps pour moi et tant mieux, car je commençais à saturer niveau idées de modèles et aussi concernant les divers caprices des modèles que je devais habiller. Sans rire, je n'avais jamais vu des filles être aussi exigeantes sans légitimité. Ce n'était pas parce qu'elles faisaient quarante-cinq kilos toutes mouillées qu'elles étaient en droit de me prendre pour leur esclave, non mais. Du coup, par simple vengeance puérile, j'avais décidé de me faire plaisir en allant moi aussi jouer les mannequins. Mon podium ? La cabine d'essayage que je choisirais dans ma boutique préférée. Ma paie venait de tomber et j'avais un besoin viral de faire les boutiques, chose que ma mère avait très compris comprise, au point que cette dernière m'avait filé de l'argent pour mon shopping. Je ne savais pas si elle culpabilisait de n'avoir jamais été une vraie mère pour moi car elle redoutait mon père. C'était encore tout récent pour moi, je peinais à prendre conscience du fait que ma mère faisait sa réapparition dans mon existence. Voilà pourquoi j'avais sacrément besoin de me changer les idées.

Il y avait apparemment pas mal de monde dans ce magasin et je décidai donc d'emblée de ne pas perdre de temps et de choisir rapidement les articles qui attiraient mon attention. Au programme : quelques t-shirts, shorts, jupes, robes que je m'empressai d'emporter en direction des cabines d'essayage. Je ne manquai pas de constater dans le miroir de ladite cabine que mon châtain foncé avait fini par avoir des reflets bizarres roux au fil des mois. Peut-être devais-je repasser chez le coiffeur avant de ressembler à Poil de Carotte. Ce fut d'ailleurs quand, en plein de ma séance d'essayage, j'observais en curiosité mon piercing à la langue en pensant qu'il avait un truc bizarre, qu'une jeune femme fit irruption dans ma cabine sans la moindre délicatesse.

« Oh pardon je n'avais pas vu que c'était occupé, dit-elle complètement confuse, et il y avait de quoi car, vu ses mains chargées de cintre, ce devait être une vendeuse, mais qu'est-ce que tu fais là ? Et c'est quoi ce truc sur la langue ? Et tes cheveux... Ok je te laisse cinq minutes mais arrange-moi ça. Vraiment... les jeunes... »

Déjà que le fait d'entendre un monologue alors que j'étais en soutien-gorge était carrément bizarre comme situation, mais en plus, voir une tarée me déballer une série de mots incompréhensibles, c'était complètement improbable. Je restai bloquée un moment sans réagir, avant de refermer sèchement le rideau de la cabine. Car oui, mademoiselle ne s'était pas donnée cette peine et seul le regard envieux d'une fille passant par là m'avait fait réagir. Oui bon, je reconnaissais que mes abdos n'étaient pas mal mais ce n'était pas vraiment mon genre à exhiber mes atouts devant les gens. Sauf pour embêter quelques connasses par-ci par-là bien entendu. J'entrepris ainsi de finir rapidement mes essayages, décidant de reporter ma frustration sur l'achat de quelques accessoires supplémentaires. Ainsi, en plus des vêtements, je choisis un petit sac à main et quelques bijoux.
Je déposai ainsi négligemment tous mes articles à la caisse, saluant brièvement la fille en face de moi. A vrai dire, je l'avais à peine regardée, je n'avais pas vraiment envie de m'attarder sur son visage. En plus, elle non plus ne devait pas avoir de temps à perdre vu la file de gens derrière moi. Je sortis mes billets vite fait, elle me rendit la monnaie et je pris le grand sac qu'elle me tendit. Je pris néanmoins le temps de lui sourire en lui disant au revoir.

Me voilà donc dans la rue, ravie de mes achats, cherchant dans quel café j'allais prendre un petit rafraîchissement. Je n'eus à vrai dire même pas le temps de croiser un seul café qu'on m'interpella. Une voix féminine qui m'était inconnue, et pourtant, dont la tonalité ne me paraissait pas si étrangère. Par réflexe, je me retournai pour faire face à la personne qui voulait attirer mon attention.
Et ce fut le choc. J'en perdis presque mes sacs. Non je ne connaissais pas la fille qui se tenait devant moi mais là n'était pas la question. C'était comme se voir dans un miroir, à quelques détails près, chose naturelle. Mais la ressemblance demeurait frappante. Cette fille était reflet, presque un double. Cette fille aux longs cheveux roux me ressemblait comme deux gouttes d'eau. Etait-ce un cauchemar ? J'avais toujours eu peur de me retrouver un jour face à mon double maléfique. Sans doute devais-je arrêter de regarder des films d'horreur bizarres.

Elle me demanda si on pouvait parler. Que c'était urgent. Ce à quoi je ne pus lui offrir qu'une seule réaction : ouvrir grand la bouche puis la refermer. J'étais encore sous le choc. Néanmoins, au bout de quelques minutes, je repris le contrôle de mon corps et, après avoir dégluti nerveusement, je me décidai à lui répondre.

« Heu... Eh bien, j'ai du temps libre. Tu veux discuter autour d'un truc à boire ? »

C'était tout ce qu'elle avait trouvé à lui dire. Elle se sentait idiote mais elle ne savait pas quoi lui dire d'autre. Qu'est-ce que cette fille allait bien pouvoir lui révéler ?
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Dernière édition par Hwang Katherine le Dim 19 Avr - 22:22, édité 1 fois
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Go Eun Ji
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MessageSujet: Re: katherine&eunji Δ act I   Sam 18 Avr - 20:02

C'était sans regrets et sans aucune pensée envers un potentiel renvoi qu'elle quitta son poste, laissant la file de clients mécontents à sa collègue dont les cris ne parvinrent à la freiner. Elle n'était même pas sûre d'être à la poursuite de la bonne personne, mais l'aurait-elle su un jour si elle avait décidé de rester sur place et d'oublier cette rencontre troublante ? Il lui fallait tenter. Appeler le nom auquel elle avait tant pensé ces derniers mois, c'est tout ce qu'elle pût faire afin de retenir la jeune femme qui s'éloignait, sacs à la main, du magasin dans lequel elles venaient de se croiser – le meilleur moyen de savoir si elle avait affaire à la bonne personne était encore de la héler par son nom. Et, l'appréhension et la surprise au maximum, Eun Ji vit la prénommée Katherine se retourner pour lui faire face et son cœur fit chute libre dans sa poitrine, entraînant le reste de son corps avec lui et elle se sentit soudain paralysée, abattue et fébrile à la fois. La personne qui se tenait à présent devant elle était bien celle qu'elle poursuivait depuis des mois, sa sœur jumelle qu'elle n'avait encore jamais eu l'occasion de voir, celle qu'on avait prétendue morte pendant près de vingt-trois ans.

Elle s'était demandée si elle ressentirait cette sensation spéciale que ses livres décrivaient quand on rencontrait un frère ou une sœur pour la première fois ; si elle aurait l'impression puissante de rentrer chez elle après un long voyage, d'ouvrir les yeux sur une part de sa vie qui lui avait toujours manquée. Mais ce qu'elle ressentit en faisant face à Katherine pour la première fois ne fut qu'un profond trouble doublé d'une incommensurable peur de ce que celle-ci lui dirait. De ce que deviendrait sa famille qui jusque là avait été si simple et si aimante a la fois - son unique point de repère, son seul pont d'amarrage pendant la tempête. Comment elles allaient affecter la vie de l'une et de l'autre, elles qui vivaient peut être si bien séparées jusqu'à maintenant. Pour la première fois, Eun Ji se demandait si elle n'était pas en train de commettre une erreur.

Or c'était trop tard pour regretter. Cœur battant, regard déterminé, la rouquine avait répété sa demande pour souligner l'urgence dans sa voix et enfin, la jeune femme qui jusque-là n'avait rien dit lui offrit une réaction. Positive, simple. Loin de ce à quoi elle s'était préparée.

« Heu... Eh bien, j'ai du temps libre. Tu veux discuter autour d'un truc à boire ? »

Elle soupira mais ses épaules ne se relâchèrent pas ; la tension qui résidait dans celles-ci était loin de s'apaiser. Elle avait préparé mentalement mille excuses pour convaincre Katherine de lui accorder du temps pour discuter et la tâche lui avait été si simplifiée que désormais, elle se retrouvait à cours de mots. « Oui », elle opina enfin du chef, la surprise passée. « Oui, ça me va. »

Et juste comme ça, elles étaient en route pour un café - Eun Ji laissant la jeune femme mener la marche, trop occupée avec ses propres pensées pour faire ses propres suggestions. Qu'était-elle censée dire, maintenant ? Est-ce que Katherine avait la moindre idée de qui il s'agissait, ou ne voyait-elle qu'une (ex) employée de Romwe un peu ressemblante qui voulait soudainement lui parler pour une raison inconnue ? Elle rehaussa un peu sa veste en jean sur ses épaules, trop mal à l'aise pour parler. Elle avait été sûre d'être prête pour quand ce jour viendrait et pourtant, elle se sentait submergée, sans aucune emprise sur les événements.
Elle réfléchissait encore intensément à la suite lorsque le serveur vint prendre leur commande, et les cinq dernières minutes lui semblaient être passées comme dans un rêve. Katherine avait-elle seulement dit quelque chose ? Assises face à face, Eun Ji n'eut d'autre choix que de planter ses prunelles dans celles de sa soeur, inquisitrice. Qu'elle ait dit quelque chose ou non, elle se posait sûrement des questions et la rouquine se souvint ne pas s'être présentée.

« Je m'appelle Go Eun Ji », finit-elle par dire d'une voix douce bien que stressée, guettant dans les yeux de sa comparse une réaction quelconque à l'entente de son nom. « Est-ce que tes parents t'ont parlé de moi ? »

S'il fallait commencer quelque part, il lui sembla qu'évaluer ce que l'Américaine connaissait de la situation était un bon point - pas besoin de lui lâcher de but en blanc "salut, je suis ta frangine" si elle ne savait même pas être adoptée. Manquer de tact était une chose, foutre en l'air la vie d'une étrangère en était une autre et Eun Ji ne voulait pas de ça.
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Hwang Katherine
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MessageSujet: Re: katherine&eunji Δ act I   Dim 19 Avr - 22:23




Act I

Eun Ji & Katherine


Je ne savais pas vraiment comment réagir face à cette découverte, pour le moins étrange et suspecte. Même si je savais que beaucoup disaient qu'on avait tous un double quelque part sur Terre, voire le mien se pointer devant moi un jour comme un autre n'était pas sans me perturber. Pourquoi diable cette fille avait des traits si similaires aux miens ? Je veux dire, on pouvait trouver des ressemblances parfois, très anodines, mais là c'en était frappant. Cette jeune femme me ressemblait plus que mes propres frères et ma propre sœur, dont je croyais pourtant ne pas pouvoir ressembler plus à quelqu'un. Il se trouvait ainsi que j'avais tort et je n'appréciais pas vraiment cela, d'autant que l'expression de l'inconnue ne m'inspirait pas confiance quant aux choses qui allaient suivre. Il y avait une telle tension qui s'était installée au moment même où nos regards s'étaient croisés que je m'attendais à ce qu'elle m'annonce une nouvelle apocalyptique d'une seconde à l'autre, comme si ce qu'elle s'apprêtait  à me dire allait anéantir mon univers. Juste au moment où les choses semblaient se recoller peu à peu. Et pourtant, je n'avais pas rechigné à l'idée d'avoir une conversation avec elle et avais même suggéré un endroit adéquate pour le faire.

La jeune femme acquiesça, avec un brin de soulagement me sembla-t-il, comme si elle avait cru que jamais je n'aurais accepté de la suivre ou de l'écouter. Il était vrai que beaucoup de gens l'auraient envoyée promener, aborder les gens dans la rue comme ça, ce n'était pas forcément bien vu, surtout ici en Corée du Sud. Mais j'étais habituée à être assez ouverte d'esprit à ce sujet, malgré ma fâcheuse tendance à me méfier des gens, pourtant justifiée. Qui me disait que ce n'était pas mon père qui me l'envoyait dans le cadre de l'un de ses nouveaux plans tordus ? Il en était bien capable après tous les stratagèmes dont il avait usé pour arranger diverses fiançailles à la noix. Cependant, j'avais beau l'observer sous tous les plans, je ne voyais aucun signe qui laisserait entendre qu'elle était en train de jouer la comédie, alors je me résolus à lui accorder le bénéfice du doute. Après tout, je pourrais toujours partir après avoir entendu ses fameux dires non ?

Nous prîmes ainsi la route du café que j'avais repéré un peu plus tôt, puisqu'il apparaissait que ce fut à moi de guider l'inconnue vers le lieu où nous pourrions discuter. Inconsciemment, mes mains s'étaient mises à trembler, chose qui faisait ballotter les sacs que j'avais en ma possession. Seul le silence occupait l'atmosphère car, malgré ma nature extravertie, je ne trouvais rien à lui dire pour engager la conversation. Cette ressemblance troublante m'ôtait toutes mes ressources et je craignais trop ce qu'elle allait me révéler pour tenter une quelconque approche. Visiblement, cela ne parut pas la déranger puisqu'elle non plus ne dit mot. On aurait dit deux femmes en route pour un enterrement, c'était assez lugubre comme ambiance à bien y réfléchir. J'osais espérer qu'elle allait vite en finir et que j'allais pouvoir découvrir qu'au fond, ce n'était pas si grave, que je m'étais fait des montagnes pour pas grand-chose. Qu'importe au fond si jamais je découvrais que j'avais une cousine dont on ne m'avait jamais parlée ? Ce ne serait pas la première fois.

Une fois assises, le serveur vint prendre nos commandes et je m'armai de mon meilleur allié pour faire face aux situations difficiles : le diabolo violette. Avec un peu de chance, cela me donnerait suffisamment d'énergie et de courage pour surmonter cette épreuve, quelle qu'elle soit. Cela fait, j'en vins à planter mon regard dans celui de la jeune femme, dont je ne connaissais pas encore le nom. Presque malgré moi, mes yeux se firent insistants attirèrent l'attention de ma vis-à-vis, qui comprit sans doute qu'il était peut-être temps de m'expliquer ce qu'elle me voulait.
Elle commença par me donner son nom : Go Eun Ji, un nom qui a priori ne m'évoquait rien du tout. J'étais absolument sûre de ne jamais l'avoir vue ou de ne jamais avoir entendu parler d'elle. Cela ne m'avançait pour ainsi dire pas du tout. J'arquai un sourcil quand elle me demanda si mes parents m'avaient parlé d'elle. Pourquoi serait-ce le cas ?

« Non. Je n'ai jamais entendu parler de toi. Jamais. Tu peux m'expliquer peut-être pourquoi ce serait le cas? »

Je commençais à avoir de plus en plus de doutes à son sujet. Qu'essayait-elle de me dire ? Cela me paraissait louche, très louche. Elle connaissait mon nom et laissait entendre que je devrais peut-être connaître le sien. Pourquoi ? Et y'avait-il une quelconque explication à notre ressemblance ? Les commandes arrivèrent à table et je me ruai presque sur ma boisson, que je sirotai, appréhendant la suite de notre échange.
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Go Eun Ji
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MessageSujet: Re: katherine&eunji Δ act I   Lun 20 Avr - 19:48

Elle ne savait pas à quoi s'attendre en rencontrant pour la première fois Katherine. Au contraire de ce que beaucoup auraient fait en sa position, elle ne s'était pas imaginée la personne que pourrait être sa sœur, comment seraient leurs relations en apprenant à se connaître, ce qu'elles auraient pu être si elles avaient grandi ensemble. Forcer sur quelqu'un des fantasmes de frangine très proche à laquelle elle pourrait tout confier, ce n'était pas son truc. Elle prendrait Katherine comme elle viendrait. Elle était déjà assez intriguée (?) par l'idée d'avoir une sœur. Et, à bien y réfléchir, même petite, elle ne s'était jamais imaginée dans sa solitude à ce à quoi un frère ou une sœur pourrait ressembler. Peut-être, au final, qu'elle s'était tellement emmurée dans sa solitude qu'elle aurait accepté n'importe qui qui soit capable de l'en sortir.

Ce qu'elle pouvait faire, en revanche, c'était déduire de ce qu'elle voyait de la personne face à elle. Katherine était plus grande qu'elle de quelques embarrassants centimètres, et ses traits bien que similaires aux siens étaient moins durs et anguleux. À en juger par la somme des articles qu'elle avait achetés plus tôt, ses fins de mois n'étaient pas dures à boucler – il lui semblait aussi avoir entendu de ses parents que les Hwang étaient d'une richesse bien supérieure à la leur, raison pour laquelle ils n'avaient pas hésité à leur confier leur seconde enfant. Ainsi la rouquine ne voyait dans son départ en Corée que deux raisons : ou bien elle ne s'entendait pas dans sa famille, ou alors elle avait de l'ambition, suffisamment pour quitter un confort familial à vingt deux ans. Peut-être les deux. Enfin, elle était assez confiante pour accepter un café avec une étrangère, et ce dernier point avait été le plus étonnant pour Eun Ji, qui désormais n'était pas sûre de comment aborder le sujet de conversation. Elle n'avait aucune idée de combien en savait Katherine sur sa situation familiale et elle craignait que ses mots aient l'effet inverse de ce qu'elle cherchait à instaurer. Décidant que la meilleure façon d'éclaircir ce point était de se présenter, elle demanda à l'Américaine si son nom lui était familier, ce à quoi cette dernière rétorqua :

« Non. Je n'ai jamais entendu parler de toi. Jamais. Tu peux m'expliquer peut-être pourquoi ce serait le cas? »

Et merde. Le serveur posé son grand café noir devant elle et, par mimétisme, elle porta elle aussi la tasse à ses lèvres, la gorgée brûlante du breuvage l'aidant à réprimer une vague de jurons. Ce qui ne l'empêcha pas de marmonner un « Putain, c'est pas mon job... », passant une main rageuse dans sa tignasse rousse désordonnée. Puis, d'une traite, elle vida sa tasse de café et leva bien haut sa main pour se faire remarquer du serveur précédent. « La même chose, avec plus de mousse et, ses orbes farouches se plantèrent dans celles du jeune homme qui déglutit péniblement, sans sucre. » Ses joues s'étaient colorées de pourpre par son soudain agacement, et elle estima un autre café nécessaire en guise de renfort. « S'il vous plaît. »

Une fois le serveur parti, elle inspira à s'en éclater les poumons et repassa une main nerveuse dans ses boucles. Bon sang, qu'allait-elle pouvoir lui dire ? Tu as été adoptée, et je suis ta sœur jumelle ? Les parents d'adoption de cette fille n'auraient-ils pas pu la mettre un minimum au parfum, vingt-deux ans après sa conception ? Ils pensaient à quoi, quand les Go les avaient appelés, hein ? Elle était face à une jeune femme qui ignorait tout de sa propre famille et elle se retrouvait finalement dans le rôle qu'elle cherchait à éviter à tout prix en rencontrant Katherine ; celui de briseuse de foyers, qui détruisait toute forme de stabilité dans votre vie en s'y immisçant et en déchirant un par un tous les mensonges qui faisaient votre vie et au final, dans lesquels vous vous complaisiez.
Un instant, Eun Ji songea à partir. Non, ce n'était pas son boulot d'annoncer à cette presque inconnue qui était sa vraie famille. C'était à ses parents de le faire et elle ne voulait pas avoir affaire personnellement à ça. Or il était trop tard, non ? Elle en avait déjà trop dit, trop fait et sa simple irruption dans la vie de Katherine, même si elle s'arrêtait à cette rencontre, suffirait à mettre la puce à l'oreille à cette dernière.

« Nos parents se connaissent depuis longtemps », répondit-elle finalement. « Depuis notre naissance, en fait. »

Leur naissance. Ses mots étaient trop vagues mais elle ne se voyait pas lâcher la nouvelle de but en blanc. Devrait-elle...mentir ? Prétendre être quelqu'un d'autre et peu à peu donner des informations ? Elle détestait le mensonge, l'idée de jouer un rôle face à sa sœur et celle-ci n'allait-elle pas l'en détester davantage lorsqu'elle apprendrait ce qu'Eun Ji lui avait caché ?

« Je suis désolée si mes questions te semblent étranges. » Second café en main, elle remercia le serveur et le but d'une traite, façon shot, espérant que d'une quelconque façon la caféine fasse le même effet. « Qu'est-ce que...qu'est ce que tu sais de ta famille ? »

C'était raté pour le tact, mais au moins, elle aurait essayé.
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Hwang Katherine
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MessageSujet: Re: katherine&eunji Δ act I   Mar 21 Avr - 16:27




Act I

Eun Ji & Katherine


Plus je la regardais, plus les scénarios tordus et quelque peu flippants s'enchaînaient dans ma tête. Pourquoi avais-je cette boule au ventre ? Pourquoi avais-je cette sensation désagréable que rien de bon ne sortirait de cet échange, qu'il allait créer un nouveau retournement de situation dans ma vie ? N'avais-je donc pas atteint la limite autorisée dans la jauge de niveau d'une famille à tirer par les cheveux ? Mon petit doigt me disait que non, et que je n'étais pas au bout de mes peines, bien au contraire. Il m'était venu à l'esprit de ne pas la suivre, de ne pas vouloir l'entendre mais, pour une raison que je ne saisissais pas, cette jeune femme m'inspirait confiance. Alors même si ce qu'elle voulait me dire pouvait être douloureux, je pressentais que je pouvais la croire, qu'un lien indescriptible nous unissait. Lequel ? Je ne saurais le dire, c'était un sentiment qu'on avait quand on croisait quelqu'un qui deviendrait votre meilleure amie ou votre plus grand amour. La certitude que la personne en face de vous va avoir une place très importante dans votre existence, voire capitale. C'était que j'avais éprouvé au moment où j'avais vu Eun Ji et j'espérais sincèrement ne pas me tromper. Il n'y avait jamais pire sentiment à mon sens que la déception. Pourtant, sa question était bizarre et ne m'en disait pas beaucoup sur ses intentions. Était-elle une autre brebis égarée et rejetée de la famille ? Ou bien essayait-elle de me dire qu'il y avait quelque chose de louche entre elle et mes parents ? Du genre qu'ils lui aient demandé de se faire passer pour moi pour un arrangement louche ?

Mes hypothèses s'accumulaient alors que la rousse but son café en vitesse, en marmonnant des mots que je ne parvins pas à déceler. Qu'est-ce qu'il lui arrivait ? S'attendait-elle réellement à ce que je sois au courant de ce qu'elle s'apprêtait à me dire et la tâche de me le révéler lui était donc ainsi insupportable ? Si elle avait été plus observatrice, elle aurait bien vu que je n'avais pas tilté, ni en la voyant, ni à l'entente de son nom, donc il y avait très peu de chance que j'ai eu vent de son existence un jour. Je commençais à vrai dire à me demander si je ne devais pas prendre mes jambes à mon cou, en particulier quand elle se mit à commander un autre café comme si sa vie en dépendait. Ouhlà. J'espérais quand même ne pas être tombée sur une folle, mais je me rassurais en me disant que c'était sûrement le stress qui la mettait dans un état pareil. Et sur ce point, je ne pouvais pas franchement le lui reprocher, vu que j'avais tendance à perdre mes moyens face à ce qu'on appelait le « coup de foudre », chose inédite qui ne m'étais arrivée qu'une fois. Autrement, il en fallait plus que cela pour me bouleverser, d'autant plus que j'avais une capacité étonnante à relativiser la situation.
Par exemple, en l'occurrence, j'étais un peu plus détendue, car j'avais eu le temps de trouver des différences majeures entre la dénommée Eun Ji et moi-même. Primo, elle ressemblait à une Coréenne pure souche, rien à voir avec mon comportement et mon accent qui laissaient cruellement trahir que je n'étais pas dans le même cas. Mine de rien cela faisait une sacrée différence, non ? Et puis, si elle me ressemblait à première vue, je notai néanmoins quelques différences, sa bouche notamment qui me paraissait plus petite. Ou alors c'était le soleil qui me jouait des tours...

Bref, siroter mon diabolo violette m'avait ainsi apaisée et ce fut donc un peu plus détendue que j'attendis la suite des événements, non sans continuer de dévisager ma vis-à-vis avec une curiosité presque impolie. Nul doute que dans un contexte conventionnel je me serais déjà pris des reproches à ce sujet. L'observer passer sa main dans les cheveux me fit également remarquer que le siens étaient ondulés, contrairement aux miens avec lesquels je bataillais vaillamment pour leur donner un minimum de forme. Et je pariais aussi qu'elle n'était pas aussi adepte des changements de couleur et de coupe que moi. Je m'enfonçais presque dans le déni là non ? Ce n'était au fond pas des informations capitales à bien y réfléchir et attendre patiemment me parut alors plus sage que de tirer des conclusions hâtives. Et alors Eun Ji m'annonça que nos parents se connaissaient. Ah. C'était ça son information si importante qui la mettait dans un état pareil ?

« Oh. Peut-être. Ils connaissent tellement de personnes, je ne suis pas sûre d'avoir rencontré la moitié d'entre elles. Ils sont tellement occupés par leur travail que la vie sociale est une notion presque abstraite pour eux. »

Pourquoi étais-je si franche avec elle que je connaissais à peine ? D'abord, parce que c'était dans ma nature, et ensuite parce que je ne voulais pas qu'elle soit vexée du fait que je n'aie jamais entendu parler d'elles alors que nos parents respectifs se connaissaient depuis longtemps selon ses dires. Elle but alors son second café cul sec, si bien que j'eus pendant un moment l'impression d'être plus au bar à entendre les confessions d'une fille bourrée, plutôt que dans un café. Et ce fut alors qu'elle me demanda ce que je savais de ma famille. Plus de doute possible : mes parents – ou mon père plus exactement – avaient probablement fait du tort à sa famille, comme c'était souvent le cas.

« Bon je suis désolée déjà, puisque apparemment mes parents n'ont pas l'air de s'être bien comportés avec vous, dis-je en soupirant, presque habituée à cette routine, mais je suis bien lucide sur ce qu'ils sont. Très occupés par le travail, au point de ne pas avoir assez de temps à consacrer à leurs quatre enfants. Riches, au point de prendre les gens de haut et de respecter les conventions à la lettre. Et fourbe et mensonger, dans le cas de mon père qui est allé jusqu'à tromper ma mère et à me forcer à me marier par intérêt une dizaine de fois environ. Charmant tableau, j'en conviens. Satisfaite ? »

Sur ce, je finis à mon tour ma boisson et appelai le serveur pour qu'il me donne quelque chose d'un peu plus corsé, à savoir un Gin Tonic. Mon instinct me disait que j'allais avoir besoin de moyens plus grands pour faire face à ce qui allait suivre, surtout si cette fille avait une dent contre ma famille.
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Go Eun Ji
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MessageSujet: Re: katherine&eunji Δ act I   Ven 24 Avr - 22:15

Les choses se corsaient pour la rouquine et elle ne savait pas comment se retirer sans laisser de dommages derrière elle. À vrai dire, quand elle avait appris pour la première fois l'existence de sa sœur jumelle, Eun Ji n'avait pas contemplé les choses de cet œil – elle partait du principe qu'à la place de Katherine, elle aurait voulu savoir la vérité sur sa généalogie, probablement comme tout enfant adopté un jour. Ça coulait de source, non ? Sauf qu'elle n'était pas enfant adoptée et ça avait été stupide de sa part d'assumer que sa potentielle réaction pouvait s'appliquer à des personnes plus concernées qu'elle. Eun Ji envisageait tout du côté rationel des choses, les sentiments étaient refoulés pour faire place à la logique mais soyons honnêtes : dans une telle situation, qui en ferait de même ? Nos premières relations avec les êtres des deux sexes se font avec nos parents et affectent définitivement les rapports que nous établissons avec nos pairs. Qu'arrivait-il alors si on apprenait que ces deux personnes nous avaient menti toute notre vie ? Que notre existence même reposait sur un mensonge, si confortable qu'il était parfois préféré à la réalité ? Eun Ji commençait à regretter son incapacité à rester hors de la vie de cette étrangère, à ne pas la bouleverser pour son propre confort à elle. Et pour ne rien arranger, Katherine déclara :

« Bon je suis désolée déjà, puisque apparemment mes parents n'ont pas l'air de s'être bien comportés avec vous, mais je suis bien lucide sur ce qu'ils sont. Très occupés par le travail, au point de ne pas avoir assez de temps à consacrer à leurs quatre enfants. Riches, au point de prendre les gens de haut et de respecter les conventions à la lettre. Et fourbe et mensonger, dans le cas de mon père qui est allé jusqu'à tromper ma mère et à me forcer à me marier par intérêt une dizaine de fois environ. Charmant tableau, j'en conviens. Satisfaite ? »

Pas tellement, non. Les lèvres fines d'Eun Ji s'entrouvrirent sur la question qui les brûlaient, mais elle les referma aussitôt, ravalant sa curiosité. Elles étaient jumelles mais elles semblaient n'avoir en commun que leur visage et la Coréenne se demanda comment le destin de deux personnes liées par le sang pouvait être aussi différent. Elle, née dans une famille simple à la situation précaire, semblait plus aimée et chanceuse que jamais ne l'avait été Katherine et pourtant elle était descendue bien plus bas que celle-ci l'avait sans doute été. Elles provenaient de mondes si différents, de classes si écartées ; se seraient-elles croisées un jour si Eun Ji ne s'était pas lancée à sa recherche ?

« Tes parents ne nous ont rien fait, éclaircit-elle, ajoutant plus bas : en tout cas pas de manière directe. »

Elle ne pourrait pointer qui que ce soit du doigt en tant que responsable pour l'adoption de Katherine, chacun ayant ses torts. Celui de ses parents avait été d'accepter de l'argent en échange d'une vie, mais elle était consciente que le poids d'un deuxième enfant sur les revenus de la famille aurait été conséquent et que l'argent faisait parfois oublier (avec convenance) la morale. Eun Ji elle-même l'avait connu, ce besoin, ce rush irrésistible. L'idée qu'on était capable de tout, impossible à freiner ou à restreindre tant qu'il s'agissait de ses propres besoins. Si la jeune femme n'avait jamais eu à mourir de faim ou à se priver, elle avait vu ses parents souffrir de leurs sacrifices et l'envie de voir leurs épaules se détendre et leurs traits tirés s'apaiser avait été plus fort pour elle que le sens du bien et du juste. Elle imaginait que l'envie de protéger ses enfants et, de même, le désir d'en avoir un, était eux aussi plus forts que la raison.

L'ex-détenue regarda le serveur apporter le gin commandé plus tôt par Katherine, accordant un regard en coin inquiet à la rouquine qui lui adressa en retour une œillade farouche. Sitôt que celui-ci se fut retourné (non sans trébucher légèrement sur une dalle moins enfoncée que les autres) Eun Ji décida de prendre le taureau par les cornes et de rattaquer sur le sujet principal : « Est-ce que tu penses envisageable que ton père t'ait menti à propos d'autre chose ? » Vraiment, le tact n'était pas son point fort et ça la démangeait de plus en plus de balancer la nouvelle de but en blanc. « Écoute, on va arrêter de parler en codes et aller droit à la conclusion, d'accord ? » Elle oubliait apparemment le fait qu'elle était la seule à parler chinois. Posant ses deux mains à plat sur la table, en signe de bonne foi, elle chercha le regard de sa vis-à-vis et une fois leurs yeux plantés les uns dans les autres, se reflétant la même image tour à tour d'appréhension et de détermination, Eun Ji poursuivit dans sa lancée : « Je suis tombée sur mon acte de naissance en fouillant les fichiers de l'hôpital et le tiens y était joint. » Pas la peine d'élargir sur le pourquoi du comment, estima-t-elle. « On est sœurs. J'ai pas les documents sur moi pour te le prouver, ni une attestation mais je crois que le visuel est assez parlant en soi. »
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MessageSujet: Re: katherine&eunji Δ act I   Mar 28 Avr - 15:17




Act I

Eun Ji & Katherine


Je savais bien que mes parents étaient loin d'être les personnes les plus irréprochables du monde, je l'avais souvent vu de mes propres yeux et parfois même à mes dépends. Il était certain qu'ils m'avaient déçue plus de fois qu'ils ne m'avaient impressionnée, et même si ma mère semblait décidée à quitter mon père, je ne pouvais pas simplement faire table rase du passé. Même si elle affirmait avoir toujours été hostile à l'idée de me forcer la main côté mariage, elle avait tout de même laissé faire mon père et avait participé à ces diverses mascarades. Alors si Eun Ji pensait me faire des révélations inouïes au sujet de mes parents en me présentant les divers torts qu'ils lui avaient faits, elle se trompait énormément. Je savais parfaitement que je ne pouvais pas me fier à eux et que mon père était certainement l'un des pires individus que j'ai jamais connus. Et sa famille avait souffert par leur faute j'en étais désolée mais au fond, je ne voyais pas bien ce que je pouvais faire pour elle. J'aurais beau plaider sa cause de la façon la plus brillante qui m'était possible, mon paternel ne m'écouterait probablement pas. Au fond, je me sentais désolée pour elle, elle était certainement venue à moi, pleine de bonne volonté et d'espoir mais je n'allais pas pouvoir lui venir en aide. A part peut-être pour lui payer ses cafés ? Et je ne bronchai pas quand elle m'expliqua que mes parents ne l'avaient blessée que de façon indirecte. Au contraire, je me disais que peut-être les morceaux seraient plus faciles à recoller. Du moins je l'espérais.

Après avoir sondé mon interlocutrice pendant plusieurs minutes en attendant qu'elle m'en dise plus, mon verre de Gin arriva enfin. Au moins, j'avais de quoi encaisser le choc si jamais elle me sortait une histoire à dormir debout. Si ça se trouvait, elle n'avait jamais eu affaire à mes parents, elle avait juste vu leurs noms dans des magazines et avait décidé de venir à moi pour m'arnaquer. Il fallait dire qu'à force de patienter je me demandais si cette demoiselle avait réellement quelque chose à me dire, à part me poser des questions étranges et s'enfiler des cafés comme des shots. Elle était journaliste ou bien ? Je gonflai les joues quand elle me demanda si je pensais que mon père avait pu me mentir au sujet d'autre chose. Encore une question. Moi j'attendais les réponses dans cette histoire. Je me contentai ainsi de hocher la tête, non sans lâcher un soupir et prendre une gorgée de ma boisson alcoolisée.
Finalement, Eun Ji parut également s'être lassée de laisser planer le suspense plus longtemps. J'aurais aimé lui faire remarquer que de nous deux, elle était la seule à parler en codes, mais elle semblait si bien partie sur sa lancée que je m'en serais voulue de l'interrompre. On ne savait jamais, des fois qu'elle aurait encore des scrupules. Je me réinstallai ainsi confortablement au fond de ma chaise, scrutant la jeune femme, toute ouïe. J'avais hâte de savoir ce qu'elle voulait m'annoncer depuis qu'elle était sortie du magasin pour me courir après.

Je ne fus pas déçue. Elle m'annonça que nous n'étions ni plus ni moins que des sœurs. Par réflexe, je la dévisageai de haut en bas, comme pour trouver quelque chose qui m'aiderait. A quoi ? Je n'en savais rien. J'essayais simplement d'encaisser le choc. Au fond, je m'étais plus ou moins attendue à ce qu'elle m'avoue faire partie de la même famille que moi, il n'y avait qu'à nous regarder pour affirmer qu'on avait un lien de parenté. Sinon je n'aurais pas frôlé l'arrêt cardiaque en l'apercevant pour la première fois. Donc j'avais une sœur. Sœur cachée qui plus est. Un bébé que mes parents avaient très certainement abandonné, pour une raison que j'ignorais encore. Je me mordillai la lèvre inférieure et, après quelques minutes de lourdes réflexions, bus le reste de mon verre d'une traite.Ok, Kath', tu peux le faire.

« Ah. Bon... Bienvenue dans la famille?, lançai-je avec ironie, tu vois je suis juste à peine étonnée. Au fond, j'aurais dû savoir qu'il y avait un enfant abandonné dans le tableau. Ça leur ressemble tellement... Tu as quel âge du coup? »

Je n'étais pas vraiment douée pour recevoir cette nouvelle et réagir à cette dernière avec un minimum de tact. Ce n'était pas mon fort, je préférais aller à l'essentiel et que les choses soient claires. Était-elle plus jeune ou plus âgée que moi ? A la voir, j'aurais même pu dire qu'on était potentiellement jumelles. Ha ha, quelle ironie.

« Laisse-moi deviner : on est jumelles pas vrai ? Eh bien, ils ont vraiment du talent. Deux paires de jumeaux dans une fratrie c'est pas courant non? »

Finalement, je n'aurais peut-être pas dû commander ce fichu Gin. J'accumulais les bêtises plus rapidement que d'ordinaire, mais au moins, Eun Ji savait désormais que nous étions au moins quatre enfants. Eh bien, on pourrait rajouter un couvert sur la table déjà bien bondée. J'avais quand même du mal à me rendre compte des choses : j'avais une sœur cachée qui venait de me trouver par pur hasard et dont mes parents avaient trouvé le moyen de cacher l'existence pendant presque vingt-trois ans. Ouah. Décidément, s'ils étaient capables de ça, je devrais peut-être m'inquiéter de savoir s'ils n'avaient pas de lien avec la mafia...
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Go Eun Ji
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MessageSujet: Re: katherine&eunji Δ act I   Ven 1 Mai - 13:16

Et voilà. Elle avait lâché les mots qu'elle rechignait tant à dire, ses mains aplaties sur la table légèrement tremblantes voulant se joindre l'une à l'autre pour s'occuper, pour ne pas la laisser totalement démunie, mais elle résistait. Un menteur ne croisait jamais les yeux de son vis-à-vis : elle mit un point d'honneur à soutenir le regard de Katherine tandis que celle-ci encaissait la nouvelle. Elle finit par étudier sa réaction, décelant sans étonnement la surprise, le choc, l'incrédulité - jusqu'à ce que toute émotion disparaisse derrière le verre de Gin qu'elle finit d'un trait sec, daignant enfin offrir une réponse à cette inconnue qui venait de lui annoncer qu'elles étaient sœurs :

« Ah. Bon... Bienvenue dans la famille? Tu vois je suis juste à peine étonnée. Au fond, j'aurais dû savoir qu'il y avait un enfant abandonné dans le tableau. Ça leur ressemble tellement... Tu as quel âge du coup? »

Ce fut à son tour d'arquer les sourcils sous le signe de la surprise. Ah bon ? Pas de justificatifs, pas d'appel à ses parents, pas de déni ou de crise devant les clients ? Eun Ji ne sut si elle devait s'en sentir soulagée ou au contraire s'inquiéter de l'impassibilité que lui opposait Katherine. Soit elle était désabusée sur sa famille au point de gober tout ce qu'on lui dirait à leur sujet, soit elle était encore sous le choc (ou l'emprise du Gin, option qu'Eun Ji raya sitôt l'avoir envisagée – l'alcool agissait à son effet maximum en un laps de temps plus large). Était-ce un bien ou un mal que la rouquine n'ait pas à lui courir après une seconde fois pour essayer de lui expliquer la situation ? Elle n'en savait honnêtement rien – elle n'avait jamais vraiment annoncé à quelqu'un l'existence d'une sœur cachée auparavant, elle n'avait donc pas tellement de point de comparaison. Mais elle imaginait que la réaction aurait été importante. Beaucoup plus que celle-ci. Ou peut être que les films et romans popularisaient un thème qui n'était encore une fois qu'illusion.

Cependant, si elle n'observait ni de choc ni de déni chez sa sœur, elle identifiait tout de même de la colère (justifiée), non envers elle mais plutôt à l'encontre de ses parents et c'est pourquoi elle fut plus précautionneuse à aborder la suite de la nouvelle. Car Katherine venait de mentionner l'hypothèse qu'elles soient jumelles, ainsi que l'existence de deux autres personnes dans sa fratrie, et si ce détail ne concernait nullement Eun Ji, il restait quand même majeur. Qu'en était-il de ses deux-là ? Si l'Américaine n'était pas fille unique, comment prendrait-elle la nouvelle de son adoption ?

« C'est pas exactement du talent. » La rousse autorisa ses yeux à retomber sur la tasse de café vide qui lui faisait face, en caressant distraitement les ornements avec la pulpe de son index. « Katherine, fit-elle, trébuchant sur le th d'une manière tout à fait coréenne, mes parents sont les tiens, pas l'inverse. En d'autres termes mes...nos parents t'ont faite adopter. »

Elle avait décidé au dernier moment de ne pas lui parler de l'échange financier macabre qui provenait de cette adoption, ni le fait que la jeune femme soit légalement, en Corée du Sud, décédée à la naissance. Ce n'était pas lui mentir, plutôt lui cacher des détails inutilement blessants et confus. Elle estima que s'en tenir au minimum était pour l'instant la meilleure chose à faire. Ce qui ne la rendait pas plus facile et c'est pourquoi à son tour, elle rappela le serveur et annonça, les traits moins durs, leur troisième commande pour ce soir : « Deux autres Gin. » Il était sûrement trop tôt pour boire mais elle s'imaginait que toutes deux en auraient besoin pour continuer la conversation. Et pourtant, jamais elle n'aurait cru qu'il puisse être aussi éprouvant de faire ce genre d'annonces.

« Écoute, je suis pas venue t'extorquer du fric ou te demander de venir les rencontrer, poursuivit-elle d'un ton las. « Je voulais juste faire ta connaissance. Le reste... – elle haussa une épaule d'un geste désinvolte mais calculé – le reste, c'est à toi d'en décider. »

Et par son ton coupable, son regard baissé, toute dureté abandonnée, on comprenait que c'était sa façon à elle, bancale et maladroite, de faire ses excuses. Un désolée d'entrer dans ta vie comme ça et de tout foutre en l'air. Un pardon pour le bordel qu'elle était en train de créer dans la vie de Katherine parce qu'elle n'était pas trop sûre de ce qu'elle était en train de faire, elle non plus.
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Hwang Katherine
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MessageSujet: Re: katherine&eunji Δ act I   Sam 2 Mai - 12:40




Act I

Eun Ji & Katherine


Je n’étais pas naïve au point de croire quiconque viendrait à moi pour m’affirmer que nous avions un lien de parenté, mais que mes parents avaient tout mis en œuvre pour le dissimuler. Soyons lucides. Etant donné le statut social de mes géniteurs, il aurait été stupide de ma part de croire toutes les pauvres âmes qui venaient se présenter à moi avec une histoire savamment préparée pour faire pleurer dans les chaumières. J’étais tout à fait consciente qu’il y avait un risque pour qu’on se serve de moi afin d’accéder à la fortune familiale et je savais donc à quoi m’en tenir au sujet de ceux qui s’amusaient à fabriquer de piteux mensonges pour parvenir à leurs fins. Je m’étais déjà fait avoir et avais ainsi appris à mes dépends combien l’être humain pouvait être mesquin quand il s’agissait d’argent. Moi qui haïssais déjà ce milieu sophistiqué auquel j’appartenais, malheureusement, je devais en plus me méfier des autres personnes qui seraient attirées par ce milieu scintillant, dont elles ne connaissaient en rien les dessous. Il ne fallait s’étonner après si je paraissais si méfiante envers les gens qui m’étaient inconnus, surtout ceux qui m’approchaient sans raison. Alors oui, je m’étais d’abord méfiée de cette jeune femme qui me ressemblait étonnamment. On aurait pu penser qu’elle m’aurait reconnue parce que pour x raison, elle m’aurait déjà vue en tant que fille des deux fortunes qu’étaient mes parents et aurait décidé de saisir sa chance pour avoir un peu d’argent. Ce scénario m’avait traversé l’esprit, et il était toujours possible de trouver quelqu’un dans l’univers qui vous ressemblait un peu. Elle aurait donc pu vouloir jouer là-dessus pour donner à son histoire.

Mais je voyais bien que cette fille, Eun Ji, ne mentait pas. Généralement, quand on voulait obtenir sa jolie part dorée, on évitait de trop tourner autour du pot, même si cela pouvait donner un effet dramatique, et, surtout, on ne s’amusait pas à enchaîner les cafés de la sorte. De plus, les personnes s’attachaient au fait de paraître aussi élégantes qu’il était nécessaire pour justifier leur appartenance à ce milieu. Or, là, ce n’était clairement pas le cas, sans vouloir l’offenser, même si je pris à sourire en remarquant que visiblement, nous avions toutes deux un faible pour les vestes en jean, simple coïncidence de surcroît. Et franchement, de ce que je savais de mes parents, il n’était pas impossible qu’ils aient décidé de se débarrasser d’un membre de leur progéniture, même si cela m’étonnait quelque peu, au nom d’une raison qui leur aurait parue justifiée. Parfois, je n’arrivais tellement pas à les comprendre qu’on pourrait me dire qu’ils étaient à l’origine de plusieurs crimes que je serais à peine choquée. Triste n’est-ce pas ?

Eun Ji parut surprise de ma réaction, certainement parce que je n’avais réagi comme dans tous ces mélodrames. A quoi s’attendait-elle ? A une réaction ouvertement choquée et qui aurais attiré l’attention de tout le café ? Ou à une crise digne d’une adolescente qui ne voudrait en rien croire à ce qu’elle me racontait ? Je ne pus m’empêcher de ricaner légèrement quand elle peina à prononcer mon prénom : beaucoup de Coréens ne parvenaient pas à le dire correctement, mon père le premier. Seuls ma mère, mes frères et ma sœur y arrivaient, sang américain obligeait. Il ne me fut donc pas difficile de déduire qu’elle avait toujours vécu dans ce pays contrairement à moi. En revanche, la suite me fit beaucoup moins rire et mon sourire se fana aussitôt qu’il était apparu. Jusque-là, j’avais plutôt pris la nouvelle avec légèreté car, au fond, le choc n’était pas spécialement pour moi. Il y avait plus choquant que d’apprendre qu’on avait une sœur cachée qui avait été abandonnée. Non, le pire était justement ce qu’elle essayait de m’expliquer : c’était moi l’enfant abandonnée dans l’histoire.

Bouche bée, yeux écarquillés, je la fixai ainsi pendant plusieurs minutes sans rien dire. Je ne réagis même pas quand elle demanda au serveur d’apporter deux autres Gin. Elle était sérieuse là ? Elle comptait me faire croire que j’avais été adoptée ? Que ses parents étaient en fait les miens ? Mais pourquoi ? Pourquoi mes parents se seraient-ils embêtés à adopter un enfant quand ils en avaient déjà un et quand ils auraient après des jumeaux ? C’était idiot non ? Je me raidis : là, elle allait trop loin. Je voulais bien concevoir qu’on avait un lien de parenté mais accepter cette histoire, c’était trop me demander. Je ne pouvais pas croire ce qu’elle me racontait. Sincèrement, je l’aurais vu. J’aurais deviné que j’avais été adoptée, il y aurait eu une différence criante entre moi et ma fratrie non ?

« Ecoute, commençai-je une fois qu’elle eut fini de parler, je sais pas ce que tu cherches, mais tu te trompes et tu perds ton temps. Je n’ai pas été adoptée. C’est… Impossible. Tu sais, c’est drôle, j’ai presque failli te croire pendant un moment, avouai-je, le cœur serré, déçue de m’être encore fait avoir, laisse-moi deviner : si ce n’est pas pour l’argent, tu cherches un scoop c’est ça ? Tu es journaliste et tu cherches une bonne histoire pour te faire une place dans le métier ? Eh bien, tu peux aller le chercher ailleurs. »

Je ne m’étais pas énervée. Mon ton était glacial, un brin méprisant et j’avais même l’impression que mes yeux lançaient des flammes. Ce n’était pas drôle de jouer avec les problèmes d’une famille pour essayer de la détruire encore un peu plus et ce, juste au moment où elle paraissait retrouver un semblant d’équilibre. Cette fille me dégoûtait. N’avait-elle donc pas honte ? Je bus ainsi mon second Gin d’une traite, ne cachant pas mon énervement. J’avais de toute évidence perdu mon temps.

« Oh, ne t’en fais pas, je m’occupe de régler, lançai-je en me levant. »

Je pris mes sacs et me dirigeai vers le bar du café pour m’occuper de l’addition comme je le lui avais annoncé. Je pouvais bien faire à la limite. Pour le reste, je n’y pouvais rien si elle ne savait rien faire de mieux de sa vie.
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MessageSujet: Re: katherine&eunji Δ act I   Lun 4 Mai - 19:30

Eun Ji avait beau avoir réfléchi à ses alternatives, aucune ne lui semblait préférable au choix qu'elle avait fait. Aurait-elle pu vivre en sachant qu'elle avait une sœur jumelle quelque part sur cette Terre, mais se résigner à ne jamais en savoir plus ? Non, sûrement pas. Peut-être, un jour, si elle n'avait pas trouvé, elle aurait abandonné les recherches et décrété qu'elle pourrait vivre dans l'ignorance. Peut-être que si elle avait eu une famille à elle, elle n'aurait pas ressenti le besoin d'en trouver une. Or elle sortait à peine de prison, complètement déphasée, aliénée de son entourage de jadis qui ne la reconnaissait déjà plus et elle avait besoin, terriblement besoin de se raccrocher à quelque chose. De se trouver une valeur alors qu'elle était rebut de la société, qu'elle avait déshonoré sa famille en souhaitant la combler. Alors aujourd'hui, face à Katherine, la jeune femme savait pertinemment qu'elle risquait de briser une famille mais elle était venue avec l'intention de faire plus de bien que de mal. Cette impulsion, un peu égoïste, de finalement donner un sens à sa vie comme l'avait dit la psy du centre d'incarcération, de faire du bien autour d'elle plutôt que de servir la mauvaise cause. D'enfin, peut être, rendre ses parents fiers d'elle. De retrouver une sœur longtemps perdue et s'entretenir avec elle ne serait-ce qu'une fois, pour voir, pour imaginer, qui sait, pour l'aider elle aussi.

C'était tout ce que représentait Katherine pour elle, mais pas seulement. Quand on vous dit dans les bouquins que retrouver un frangin perdu de vue dans l'enfance, c'était comme retrouver une connexion natale, spirituelle et le bien-être du chez-soi enfin trouvé, c'est un ramassis de foutaises, une autre de ces inventions sirupeuses qui réchauffent un peu le cœur, pour peu qu'on y soit sensible. Car face à la brune Eun Ji ne s'était jamais sentie si étrangère, si mal à l'aise, inférieure presque qu'elle l'était maintenant. Le poids de sa culpabilité lui pesait déjà sur le cœur alors qu'elle n'avait encore rien dit et, lorsqu'elle avait lâché l'information, d'un ton égal, presque je-m'en-foutiste, elle se sentit s'enfoncer dans sa chaise, emportée par la masse qui alourdissait son souffle et ses épaules. Elle n'aurait pas dû se sentir si mal. Katherine n'avait pas le jugement voilé sur ses parents, si bien qu'elle ne fut qu'à peine étonnée d'apprendre qu'elle avait une sœur qu'on lui avait cachée. Or il y avait une différence entre accepter l'idée d'une môme abandonnée dans la famille, et celle d'être cette gamine rejetée. Ce détail se rappela à la rouquine de la plus vive réaction possible :

« Ecoute, je sais pas ce que tu cherches, mais tu te trompes et tu perds ton temps. Je n’ai pas été adoptée. C’est… Impossible. Tu sais, c’est drôle, j’ai presque failli te croire pendant un moment. Laisse-moi deviner : si ce n’est pas pour l’argent, tu cherches un scoop c’est ça ? Tu es journaliste et tu cherches une bonne histoire pour te faire une place dans le métier ? Eh bien, tu peux aller le chercher ailleurs. »

Et l'ancienne taularde n'eut le temps de lui offrir aucune réponse que déjà Katherine lui tournait le dos, sacs à la main, prête à régler l'addition sans rien lui dire de plus. Elle resta un moment immobile, yeux écarquillés sous le coup de l'incrédulité, puis à son tour elle se leva, vidant son verre d'une traite et ramassant ses quelques affaires pour tourner le dos à la table à son tour. Elle ne se dirigea pas vers le comptoir : elle opta directement pour la sortie, à laquelle elle attendit la jeune femme, déterminée à ne pas en rester là. Elle avait tant à dire. Elle avait tant fait ; elle ne pouvait simplement pas partir sans même essayer de parler à sa jumelle.

« Alors, quoi ? la héla-t-elle dès que l'Américaine eut franchi la porte à son tour. Il y a une minute, tu ne voyais aucun problème au fait qu'on soit sœurs et que je n'aie aucune preuve à te filer mais soudainement tout te paraît insensé ? »

Sachant que ces mots lui accorderaient quelques secondes supplémentaires, elle contourna Katherine pour se poster devant elle, sans lui offrir d'autre choix que de la laisser poursuivre. Une main fouillant dans son sac, elle continua dans sa lancée : « Je suis pas journaliste. Je suis employée à Romwe, le magasin qui m'a sûrement renvoyée pour l'heure, puisque j'ai quitté mon poste pour te courir après. » Terminant sa phrase, elle tira de son sac sa carte d'identité, qu'elle présenta à Katherine. La photo qui y figurait montrait une Eun Ji aux yeux cernés, les traits assaillis par l'ennui (et l'absence de maquillage) de vingt-et-un ans, dans les quelques mois précédant son emprisonnement. Sur la carte figurait Ulsan comme ville de naissance et de résidence, et elle pointa cette inscription avec son index :

« J'ai emménagé il y a deux mois à Incheon. Tu crois que j'aurais poussé au déménagement pour un scoop ? » Elle perdait sûrement sa salive. Katherine était probablement prête à ignorer tout ce qu'elle pouvait lui dire pour maintenir l'idée que ses mots n'étaient que mensonges. Pourtant si elle avait une chance de la convaincre, ou ne serait-ce que la faire écouter, elle devait la saisir. « De plus, je suis pas sûre que publier l'histoire de ma propre famille aurait été la façon idéale de me faire une place dans le métier. »

Mais au fond, Katherine le savait, non ? L'hypothèse de la journaliste ne tenait pas debout. Cela dit, elle admettait aussi que sa thèse de jumelles séparées, si elle n'était pas soutenue par des preuves, n'aurait pas grande résonance non plus. Sa voix s'était radoucie lorsqu'elle prononça sa dernière phrase, dans une ultime demande d'être écoutée. Se baser sur la logique et sur les faits durs et froids n'était sûrement pas la meilleure démarche à aborder face à une personne qui venait d'apprendre qu'elle était peut-être adoptée, mais Eun Ji était si mauvaise avec les sentiments qu'elle ne voyait aucune autre manière de s'y prendre avec elle. Elle avait peut être besoin de temps pour digérer tout ça mais son risque en acceptant de le lui donner était de ne plus jamais la revoir et elle avait besoin de s'assurer du contraire.

« Je t'ai parlé de documents officiels, non ? Si c'est ce dont tu as besoin, laisse-moi les tirer. »
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Hwang Katherine
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MessageSujet: Re: katherine&eunji Δ act I   Mar 5 Mai - 21:10




Act I

Eun Ji & Katherine


Il n'était pas question pour moi de rester plus longtemps en compagnie d'une fille prête à tout dans son propre intérêt. Ce que j'avais attendu m'avait glacé le sang et je ne pensais désormais plus qu'à une chose : m'enfuir de cet endroit et ne plus jamais penser aux mots prononcés par Eun Ji. Je ne pouvais pas prendre ces prétendues révélations au sérieux, ce n'était tout simplement pas cohérent. Pourquoi mes parents, dont l'affection n'était pas la plus renommée, se seraient embêtés à adopter un nouveau né quand ils avaient la possibilité d'avoir leurs propres enfants ? Pourquoi auraient-ils fait cela ? Cela n'avait simplement pas de sens, elle essayait sûrement de me monter contre eux pour gagner ma confiance et m'extorquer des informations sur eux. Oui, ce n'était pas cette histoire sordide qu'elle voulait exposer au grand jour mais elle l'aurait utilisé pour obtenir une information véritable pour son propre compte. Qui sait, peut-être travaillait-elle même pour une société concurrente à celles de mes parents et son patron comptait les faire chanter avec ça. Je ne voyais pas d'autre explication à ce mensonge macabre incohérent et ridicule. C'était sans aucun doute la pire blague qu'on m'ait jamais faite, et dieu sait combien j'en avais essuyé beaucoup. Un bon bain chaud me ferait le plus grand bien.

Malheureusement pour moi, le bain allait devoir attendre puisque la jeune femme ne semblait pas décidée à me laisser tranquille. N'avait-elle donc pas compris que je ne lui dirais rien ? Je ne pouvais la regarder, son visage similaire au mien me rappelait les mots qu'elle avait prononcés. On m'avait fait adopter. J'avais l'impression constante de me prendre une gifle chaque fois que j'avais le malheur de croiser ses yeux. Etait-ce possible ? Le fait pour lequel je me sentais comme une étrangère depuis toujours dans ma famille s'expliquait-il par le fait que je n'en faisais en fait pas vraiment partie ? Il ne m'avait pourtant pas semblé avoir été traitée différemment, je n'avais pas constaté de différence physique majeure avec les autres membres de ma famille. Les mots d'Eun Ji  me parurent résonner au loin de manière inaudible jusqu'au moment même où elle me mit sa carte d'identité sous le nez. De nouveau, notre ressemblance me frappa mais je ne manquai pas de voir à quel point la jeune femme sur la photo était différente de celle que j'avais en face de moi. Cela dit, je ne pus réprimer un léger ricanement en voyant qu'elle était née et vivait à Ulsan, alors que je m'y trouvais moi-même il n'y avait pas si longtemps. Une coïncidence ? Ou le destin ? Etais-je supposée la rencontrer un jour pour apprendre la terrible vérité ?

Puis elle se mit à me prouver par a + b que mon histoire de journaliste méprisable ne tenait pas la route. Chose que je ne pouvais pas vraiment nier. Il était vrai que je ne voyais pas bien ce qu'elle aurait fait en temps que vendeuse à ce moment-là, à moins que ça soit un travail à temps partiel. Quand bien même, ça restait tordu et moi qui n'étais que trop habituée au mensonge, je devais reconnaître qu'elle paraissait plus que sincère en prononçant ses mots. Mais quand même, je n'arrivais pas à me résoudre à accepter cette vérité. Il devait certainement y avoir un malentendu, quelque chose qui lui avait échappé pour expliquer que les choses ne s'étaient pas passées ainsi. Non, non, ma famille n'était pas la meilleure du monde et avait de nombreux défauts mais quand même, j'osais espérer que mon père n'avait pas été jusque-là, car je savais bien que c'était lui qui prenait les décisions en ce genre de circonstances. Je ne savais absolument pas si j'arriverais à encaisser le choc si jamais c'était le cas, si j'arriverais à les regarder en face après cela et si je trouverais le moyen de ne pas leur fermer ma porte pour toujours.

« Tu.. Tu peux avoir les documents ? Je... Je voudrais y jeter un œil. On... On sait jamais, tu as peut-être mal regardé ? Ou y'a une explication logique à tout ça ? Enfin... Ce serait bien quoi. Tu vois, j'ai du mal à concevoir qu'en ayant eu trois enfants à eux, ils aient pu en adopter un. Ce serait bizarre non ? »

Ou alors aucun de nous n'était leur enfant, génétiquement parlant. Pour une information terrible, digne d'un drama, c'en était une prodigieuse. Je remis nerveusement une mèche de cheveux en place, le regard fuyant. Au fond, je devais l'avouer, j'aurais aimé ne jamais croiser le chemin d'Eun Ji, demeurer dans mes certitudes bien fondées, inébranlables. J'aurais aimé rester dans mon petit confort bien douillet, je devais l'avouer et je n'avais pas envie d'avoir la preuve incontestable que ce qu'elle me disait était vrai. Mais je supposai qu'au point où on en était, autant être certaine sur ce point, non ? Et puis, en y pensant, je ne pouvais pas vraiment la rejeter et faire comme si elle n'avait jamais existé. C'était ma sœur - le restait demeurait obscur mais flou, mais ça j'en étais sûre - et même si je ne savais rien d'elle pour l'instant, je commençais à sentir cet étrange lien qui me connectait à elle. C'était un peu con comme sensation et c'était aussi peut-être le simple fruit de mon imagination. Mais au moins, ça m'encouragerait peut-être à aller jusqu'au bout.

« On peut aller s'asseoir sur un banc peut-être ? Heu... Pardon de m'être emportée. C'est juste que... ça paraît tellement fou. Mais, pardon. »

Oui parce que je m'étais un peu comportée comme une folle hystérique avec elle. Je ne voulais pas qu'elle pense que j'étais comme ça à longueur de journée, surtout si on était amenée à se voir souvent.
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MessageSujet: Re: katherine&eunji Δ act I   Sam 9 Mai - 18:29

Eun Ji sentait qu'elle se nourrissait d'espoirs intangibles, que son moteur de vie actuel carburait entièrement autour de cette inconnue qu'elle avait appris à référer comme étant sa sœur et que si elle ne réussissait pas à retrouver Katherine, toute la nouvelle vie qu'elle s'était fondée en sortant de prison, toutes les résolutions qu'elle maintenait fermement n'auraient plus aucune raison d'être. Jamais encore ne s'était-elle autant accrochée à quelque chose qu'elle ne pouvait qu'effleurer d'un doigt timide et rêveur, une idée si lointaine et c'était peut-être justement parce qu'elle était impossible à atteindre que la jeune femme s'acharnait tant à le faire. C'était la première fois qu'elle courait tant après quelque chose et bien qu'elle n'ait aucune idée de comment s'y prendre, elle ne pouvait laisser passer aucune chance.

Ce fut presque par automatisme qu'elle bondit de son siège à la suite de Katherine et devança celle-ci pour l'attendre à la sortie. Ses ongles s'enfonçant dans l'épiderme de sa paume, elle réprima un frisson et quand l'Américaine eut franchi la porte à son tour, il ne lui fallut pas un quart de seconde pour retrouver la parole.
Il suffisait qu'elle laisse Katherine partir « pour réfléchir à tout ça » et elle ne verrait plus jamais cette dernière. Non, elle était parfaitement consciente que bien qu'elle ait enfin réussi à l'aborder et lui exposer la situation, le plus dur n'était pas derrière elle : il lui restait encore à convaincre celle-ci de l'écouter, d'au moins envisager la possibilité que tout ça soit vrai. Se présentait là sa seule chance de créer un lien avec sa sœur et elle savait que la moindre erreur pourrait la faire retourner à la case départ. Alors tant pis pour la compassion et l'humanité, il lui fallait absolument convaincre l'Américaine, ou tout du moins, lui donner l'envie d'en savoir plus si elle voulait avoir une chance de la revoir un jour. Ce qu'elle s'employa à faire en exposant sa situation à la jeune femme, poussant même à lui suggérer de sortir ces certificats de naissance joints qu'elle avait mentionnés plus tôt. Visiblement, cette dernière proposition réussit à convaincre Katherine et quand la rouquine put enfin de nouveau rencontrer ses yeux, elle retrouva son souffle.

« Tu.. Tu peux avoir les documents ? Je... Je voudrais y jeter un œil. On... On sait jamais, tu as peut-être mal regardé ? Ou y'a une explication logique à tout ça ? Enfin... Ce serait bien quoi. Tu vois, j'ai du mal à concevoir qu'en ayant eu trois enfants à eux, ils aient pu en adopter un. Ce serait bizarre non ? »

Pour être parfaitement honnête Eun Ji ne s'était pas penchée sur les motifs des parents de Katherine – rien ne semblait avoir de logique dans cette histoire et elle avait appris à arrêter de chercher vainement celle-ci. Ce qu'elle savait, en revanche, c'est qu'elle faisait confiance à ses parents pour être honnêtes avec elle et que cette histoire, qu'elle soit à dormir debout ou non, était la leur.

« Oui, ce serait étrange, admit-elle après un instant. Je ne sais pas quoi te dire, Katherine. J'en sais pas plus que toi, et ça a autant de sens à mes yeux qu'aux tiens. »

Son excuse était sincère mais la détermination dans sa voix ne laissait nul doute quant à son avis : elle savait de quoi il était question et bien qu'elle n'ait aucune explication rationnelle à fournir pour ce trafic ou le comportement des parents de la jeune femme, elle avait parfaitement conscience que ce genre de certificats ne se falsifiaient pas. Difficilement, du moins – et pour quelle raison aurait-on agrafé un second acte de naissance à celui d'une petite fille unique ?

« On peut aller s'asseoir sur un banc peut-être ? Heu... Pardon de m'être emportée. C'est juste que... ça paraît tellement fou. Mais, pardon. »

La rousse haussa les sourcils. Elle n'en attendait pas autant de la part de la jeune femme, aussi tôt après leur rencontre. Elle n'était pas sûre que Katherine lui devait aucune excuse, d'ailleurs – ou bien ne l'aurait-elle pas fait à sa place de par sa fierté trop grande. En tout les cas, elle hocha brièvement la tête, comme pour balayer l'excuse, en direction de la plus grande : « Si ça te rassure, j'aurai réagi de la même façon. » Loin d'elle l'idée de s'épandre en boniments ; n'importe qui aurait pu s'emporter et elle la première. Son regard se détourna pour inspecter la rue dans laquelle elles se trouvaient – à peut-être deux minutes de marche se trouvait un parc, et quelques minutes de plus suffisaient à rejoindre l'appartement dans lequel elle vivait avec Na Ri. « Il y a un parc pas loin », fit-elle simplement, en guise de brève réponse à la proposition de sa sœur. L'envie de lui suggérer de s'occuper dès maintenant de ces papiers la démangeait – que pourrait-elle dire seule face à Katherine ? Quels sujets de conversation aborder, autres que celui-ci ? En vérité elle ne savait pas élaborer de conversations, ce secret qu'avait les gens pour parler de tout et de rien lui était inconnu et jusqu'à présent il ne lui avait jamais manqué. Aujourd'hui elle craignait plus que tout de ne pas être à la hauteur.

Elle s'était mise à marcher, lentement, avec une hésitation et une lourdeur qui reflétait le conflit qu'elle combattait intérieurement. Croisant ses bras sur sa poitrine pour se donner une contenance, regard fixé bien devant elle, elle se demandait si, finalement, il n'aurait pas mieux valu qu'elle propose directement de trouver ces fameux papiers. Le réconfort de cette univers qu'elle connaissait lui manquait plus que jamais en cet instant où elle se retrouvait cruellement démunie, sans emprise quelconque sur les événements et avec un embarras croissant à chaque pas effectué. Finalement, elle ne reprit la parole que lorsqu'elles eurent franchi le portillon qui marquait l'entrée du parc :

« Tu vivais à New York avant. »

Ses mots étaient sortis avec une réserve et une tension qu'elle ne se connaissait pas. C'était fou comme elle semblait perdre toute maîtrise d'elle-même et comme pour une fois, elle se laissait flancher volontairement. Elle s'aventurait en terrain inconnu mais, si elle devait apprendre à connaître Katherine, autant commencer par s'intéresser à ce qui l'avait motivée à laisser son pays pour rejoindre la Corée du Sud. Quelqu'un ? Un emploi ? Des rêves quels qu'ils soient ?

« Pourquoi être venue à Incheon ? » questionna-t-elle enfin.
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MessageSujet: Re: katherine&eunji Δ act I   Dim 17 Mai - 19:54




Act I

Eun Ji & Katherine


Sincèrement, je devrais écrire un livre et y raconter l’histoire de ma vie. Je ne savais même pas comment il était possible d’accumuler autant les secrets, les révélations et les blessures dans une seule et même existence. Je pensais avoir tout vu, tout savoir enfin sur ma famille plus que compliquée et ne plus avoir d’illusion à me faire au sujet de mes parents. Mais le fait était là, en vérité, j’étais encore bien loin d’être fixée sur la question puisque la vérité venait de m’éclater en pleine figure. Cette famille qui m’apparaissait parfois si tordue n’était en fin de compte peut-être pas ma famille. Je voyais bien qu’Eun Ji ne prenait pas vraiment de plaisir à devoir m’annoncer cette nouvelle, surtout en de pareilles circonstances. Quoique, je n’étais pas certaine que la rencontre lors d’un repas familial organisé à l’improviste, ce serait même pire en y pensant car nul doute qu’elle n’aurait pas eu le temps de se justifier ou même de terminer son annonce. Cela n’enlevait rien à la douleur intense que j’éprouvais en ce moment même. C’était étrange, même après tout ce qu’ils avaient fait, je n’avais jamais eu mal comme cela, j’avais littéralement le sentiment que mon cœur était de plus en plus compressé et qu’il allait finir par être réduit en morceaux. Cela n’était jamais agréable d’entendre qu’on était le vilain petit canard de l’histoire après tout.

En fait, si j’avais tant de mal à digérer la nouvelle, c’était parce que je ne l’avais pas vue venir. Ce devait être plus simple je supposai quand on avait des doutes, quand on se sentait différent des autres membres de sa famille. Mais ça n’avait jamais été le cas pour moi, même si je m’étais démarquée par certaines fantaisies, je ne m’étais jamais sentie « étrangère » au milieu de mes frères et de ma sœur. Ce devait être le pire en fait, me dire qu’au final je n’avais aucun lien du sang avec ma fratrie, alors que j’avais toujours été proche d’eux. Pour moi, la question ne s’était jamais posée, nous étions tous issus des parents, cela allait de soi. Mais pourquoi m’avoir adoptée comme le prétendait Eun Ji quand ils n’avaient aucun problème pour avoir leurs propres enfants ? Est-ce que cela signifiait qu’en fait nous avions tous été adoptés ? Je ne savais jamais quelle chose plus terrible encore cachait chaque acte incompréhensible de mes parents. Le simple fait de songer que je ne les verrais peut-être plus comme tels me pétrifiait et me faisait prendre conscience que malgré tout ce qu’ils avaient pu faire, ma mère comme mon père, je ne les avais jusqu’alors pas moins considérés comme des parents. Quelle ironie.

Eun Ji elle-même ne savait pas pourquoi les choses avaient pris cette tournure, mais elle ne manqua pas de me rassurer en affirmant qu’elle comprenait tout à fait ma réaction de tout à l’heure. Oui, je n’avais pas vraiment été correcte à son égard et j’esquissai un petit sourire en l’entendant dire qu’elle aurait fait la même chose. Finalement, même si on se connaissait à peine, il me semblait qu’on se comprenait plutôt bien en quelques minutes. Je me contentai de hocher la tête quand elle suggéra de se rendre au parc pour discuter, puisque ma tentative de départ précipité nous avait condamnées à trouver un autre endroit que le café. Tant mieux dans un sens, je n’avais pas vraiment envie que des oreilles indiscrètes s’attardent sur le drama de ma vie. Nous nous mîmes ainsi en route, en silence car je ne savais pas quoi dire, je n’étais même pas sûre d’avoir encore envie de parler. Je devinai que la jeune femme devait être tout aussi mal à l’aise que moi, c’était assez saugrenu comme situation il fallait le reconnaître. Deux sœurs qui se rencontraient un peu avant leur vingt-troisième anniversaire, quoi de plus embarrassant quand elles se retrouvaient face à face ? Cela ne m’empêcha pas cependant de regarder furtivement Eun Ji de temps à autre, remarquant à chaque fois une similitude physique supplémentaire, que ce soit le nez, la bouche, la forme des yeux… Même si on n’atteignait pas la symétrie avec une exactitude parfaite, cela restait effrayant.

J’eus un sursaut quand elle m’adressa enfin la parole une fois l’entrée du parc franchie. Elle m’énonça simplement que j’avais vécu à New York auparavant, chose qui me fit froncer les sourcils. Comment savait-elle cela ? S’était-elle renseignée à ce point ? La méfiance laissa bientôt place à une tendresse que je n’avais jamais éprouvée, je pouvais le certifier. Elle avait creusé à ce point, pour me chercher, elle s’était démenée pour me retrouver apparemment. Quel triste spectacle je lui offrais en retour, j’en venais presque à culpabiliser mais je ne pouvais pas réagir autrement. Même si ça devait signifiait beaucoup pour elle, c’était tout mon monde qui venait de s’effondrer et je n’étais pas encore capable de m’adresser à elle en tant que « sœur » sur le plan émotionnel.

« Problème familial, expliquai-je pour répondre à sa question concernant mon départ des Etats-Unis, mes parents n’avaient pas de temps pour nous éduquer tous les quatre et mon frère aîné en a eu assez de devoir faire face à cette situation. Donc on est allés vivre chez nos grands-parents, à Ulsan. Et puis je suis venue à Incheon pour le travail. Je suis styliste d’ailleurs au passage. »

Autant lui donner toutes les informations en mains, surtout si nous étions amenées à nous revoir. Ce dont je ne doutais pas, bien que le fait de lui faire une place à part entière dans ma vie était encore incertain. Je repérai alors un banc libre après que nous en avions dépassés plusieurs qui étaient occupés et m’assis sur ce dernier. Pour le coup, en m’asseyant, j’avais vraiment l’impression de m’effondrer.

« Comment as-tu réussi à savoir qu’on était sœurs ?, demandai-je, pleine de curiosité et essayant de penser à autre chose, c’est pas tous les jours qu’on s’amuse à fouiller dans les actes de naissance non ? »

Je n’émettais aucun jugement sur les méthodes qu’elle avait pu employer. Moi aussi, si on m’avait mis la puce à l’oreille sur un sujet pareil, je serais aussi allée fouiner dans les documents officiels, ou non, peu importe les moyens.
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MessageSujet: Re: katherine&eunji Δ act I   Mer 24 Juin - 13:04

Son palpitant s'était calmé à la seconde même où Katherine avait proposé de passer un peu de temps ensemble et pourtant ce fut une autre forme de stress, plus prenante encore, qui l'envahit : celle de ne pas plaire à cette sœur qu'elle avait mis si longtemps à retrouver, celle de la décevoir d'une manière ou d'une autre. De ces craintes qui ne frôlaient même pas l'esprit d'une personne comme Eun Ji, d'ordinaire. Ce qu'on pouvait penser d'elle lui importait autant que sa première sucette et, franchement parlant, le moins les gens l'appréciaient et le plus elle était sûre qu'on lui foutait la paix. Peu étaient les personnes dont l'avis comptait à ses yeux, mais cette jeune femme qu'elle connaissait depuis vingt minutes à peine, assez curieusement, en faisait partie et ce n'était pas pour lui plaire.

Son mutisme reflétait toute sa gêne et Eun Ji savait qu'il lui faudrait prendre la parole, à un moment ou un autre. Dire quelque chose d'intelligent, ou d'important, ou quoi que ce soit qui ne la fasse pas passer pour une idiote. Ce qu'elle n'avait pas trop de mal à faire en compagnie de n'importe qui d'autre. Avez-vous déjà essayé de vous adresser à quelqu'un qui vous impressionnait pour une raison ou pour une autre ? Ressenti cet embarras bien particulier de les décevoir, de ne pas correspondre à leurs attentes ? La Coréenne avait l'impression d'être face à ce genre de challenge. Ce n'était pas n'importe quelle discussion, il lui fallait faire ses preuves et la sociabilité ne faisait aucunement part de ses domaines d'expertise.
Finalement, le sujet pour lequel elle opta était la raison de la présence de Katherine en Corée. À savoir quelque chose qui l'intriguait particulièrement, pour elle qui n'était jamais sortie de son pays. Elle qui n'avait que peu d'attaches pouvait comprendre la facilité de tout plaquer, de repartir de zéro dans un endroit où personne ne vous rappelait votre vie passée et c'était exactement ce qu'elle avait fait en se rendant à Incheon. Mais quelle était l'histoire de la jeune femme qui lui faisait face ?

« Problème familial, mes parents n’avaient pas de temps pour nous éduquer tous les quatre et mon frère aîné en a eu assez de devoir faire face à cette situation. Donc on est allés vivre chez nos grands-parents, à Ulsan. Et puis je suis venue à Incheon pour le travail. Je suis styliste d’ailleurs au passage. »

Voilà qui répondait à sa question bien mieux qu'elle ne l'avait espéré et elle se demandait s'il fallait prendre ça comme un signe d'ouverture à son égard. Elle se contenta dans un premier temps de hocher la tête, puis décida d'élaborer une réponse : « Ca doit être dépaysant. Incheon me semble déjà si...éloigné de Busan, je n'imagine pas le choc quand on vient de New York. »

Elles finirent par trouver un banc sur lequel s'asseoir et le dos d'Eun Ji trouva directement un appui contre le dossier, ses mains se rejoignant sur ses genoux, cherchant à combler le soudain silence en s'occupant. Mais ce fut au tour de l'Américaine de relancer la conversation, lui demandant cette fois-ci comment elle avait trouvé leur lien de parenté au juste, mettant en cause les fichiers officiels que la rouquine avait plus tôt mentionnés et promis.

« J'avais besoin du mien pour...raisons professionnelles », éluda-t-elle sans plus d'explications. « Le tien y était lié. Même date de naissance, même chambre, même numéro d'identification. Je pensais qu'il pouvait s'agir d'une erreur, et puis mes parents m'ont parlé de toi. »

Elle avait trébuché sur mes parents, peu sûre de si elle devait les qualifier par leurs parents ou bien si tout était encore trop frais pour y penser. Elle avait largement détourné la vérité, mais elle estimait que ça valait mieux pour le moment. Et puis, elle n'était pas près d'avouer quelque chose comme écoute, je sortais de taule, je m'ennuyais un peu, alors j'ai décidé de batifoler avec la même chose qui m'avait foutue en taule en cherchant illégalement des documents officiels et j'ai trouvé mon acte de naissance au détour de mes recherches. Tu y étais, aussi, mais morte. Il y avait plus raffiné en terme de premier contact. Passant une main dans ses boucles rousses, la jeune femme retint un soupir entre ses lèvres serrées. Finalement :

« Écoute, je sais que tout ça te semble fou. »

Il y avait de quoi. Elle concevait le fouillis des sentiments qu'on devait démêler à l'annonce d'une telle nouvelle. Et pour voir que ça ne faisait même pas une heure que Katherine avait été mise au courant, Eun Ji trouvait que celle-ci réagissait de façon remarquablement calme. Ce qui ne signifiait pas que le ton de sa voix et l'expression relaxée de sa posture s'accordaient à la tempête de doutes qui avait peut-être lieu à l'intérieur d'elle-même.

« J'imagine aussi que ce n'est pas la première fois qu'on essaie de t'avoir, vis-à-vis de ta famille et dans l'immédiat, je n'ai rien pour prouver ma bonne foi, aucune preuve concrète à te présenter. » Ça aussi, l'ex-taularde en avait conscience. Elle comprenait aussi la chance qu'elle avait que la Hwang ait accepté de l'écouter et elle voulait le lui faire savoir. Lui rendre la pareille, d'une façon ou d'une autre, elle cette inconnue qui s'immisçait dans sa vie sans demander la permission. « Je comprends si tu as besoin de temps avant qu'on se revoie. Mais il faut aussi que tu m'assures que tu ne disparaîtras pas après aujourd'hui. »

Spoiler:
 
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Hwang Katherine
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MessageSujet: Re: katherine&eunji Δ act I   Mer 8 Juil - 15:47




Act I

Eun Ji & Katherine


Au fond, plus j’y réfléchissais, plus je finissais par me rendre compte qu’au fond, il y avait toujours eu une différence immense, bien que difficile à percevoir, entre moi et mes frères et sœur. Si je n’y avais pas prêté plus d’attention que cela jusqu’alors, c’était parce qu’au fond, ce n’était pas franchement quelque chose qui pouvait servir de déclic à un enfant adopté. En revanche, cela sautait aux yeux une fois la nouvelle révélée et plus ou moins digérée. Il s’agissait ni plus ni moins d’une différence majeure de caractère, que je peinais à ignorer depuis plusieurs minutes. Il apparaissait comme une évidence que j’avais toujours été la plus indomptable de nous quatre et celle qui avait toujours aspiré à obtenir sa liberté et son indépendance et, avec un malheureux élan de lucidité, il fallait bien avouer que ce n’était pas le cas du reste de ma fratrie. Edward s’était en effet révélé être un antipathique collaborateur qui suivait à merveille les pas de son père – qui n’était apparemment pas le mien – et Mike et Lily, même je les soupçonnais de rêver de suivre mes pas, ils n’avaient jamais eu cette fougue qui les aurait poussés à s’émanciper depuis bien longtemps. J’avais pour ainsi dire l’impression d’être seule dans mon opération de résistance au sein du système injuste qui régnait au sein de notre famille, et j’en comprenais désormais la raison.

Même si je n’étais pas tout à fait décidée à faire entièrement face à la réalité, je commençais à accepter peu à peu cette idée d’adoption secrète. Que cela eût pu se produire, ma foi, ce ne serait pas l’acte le plus étonnant de la part de mes parents – adoptifs de fait – le gros mystère de l’affaire demeurant dans la raison qui avait pu les pousser à faire cela et d’autant plus que cela avait tout l’air d’une adoption illégale. Eun Ji avait parlé d’un certificat de naissance joint au sien mais j’avais déjà un acte de naissance officiel aux yeux de la loi, qui stipulait clairement que j’avais vu le jour aux Etats-Unis, or il ne me semblait pas qu’adopter un enfant donnait le droit légal de changer les informations au sujet de sa venue au monde. On ne pouvait pas vraiment dire que les choses avaient dû se taper en bonnes et dues formes, de mon point de vue, cela ressemblait davantage à un trafic d’enfant qu’à une procédure d’adoption. Je ne voulais pas porter de jugement sur mes parents biologiques, loin de là, le contexte me paraissait simplement bizarre, mes propres parents n’y étant pas moins coupables dans l’histoire.

Je ne pus m’empêcher d’esquisser un petit sourire au moment où ma supposée sœur jumelle avoue avoir elle-même eu du mal à se faire à la ville d’Incheon, partageant mon désarroi quant au dépaysement subi. Il était vrai que ce n’était pas tous les jours facile de vivre au sein de la mentalité sud-coréenne mais je finissais par m’y faire, c’était d’autant plus amusant en y songeant quand on pensait qu’à la base, j’étais moi-même destinée à vivre dans ce pays depuis toujours. Mais je ne pus contenir ma curiosité plus longtemps et demandai à Eun Ji comment elle s’y était prise pour tomber sur nos certificats de naissance. Je me mis à froncer les sourcils à l’écoute de sa réponse, pour le moins évasive. Des raisons professionnelles hein ? Quelque chose me disait qu’elle ne souhaitait pas me révéler la vraie raison de ses recherches mais je ne comptais pas lui forcer la main, après tout, nous venions à peine de nous rencontrer. Nous aurions tout le temps de faire plus ample connaissance plus tard.

En replaçant une de mes mèches châtaines, j’eus un rire nerveux quand elle me dit que tout cela pouvait sembler fou. Cela ne semblait pas fou, c’était complètement dingue oui. Quiconque m’aurait sorti une telle nouvelle sans la moindre preuve n’aurait pas eu une seconde supplémentaire de mon attention mais comment pouvais-je ignorer les dires de la jeune rousse quand cette dernière avait des traits terriblement similaires aux miens et s’accrochait à me convaincre par tous les moyens ? Le moins que l’on pût dire c’était qu’elle avait dû absolument tenir à me rencontrer et ne souhaitait pas se contenter de m’annoncer la nouvelle sans chercher à me revoir. Ce que me confirma sa dernière phrase. Je passais tant de temps à m’affliger sur mon sort, sur le choc émotionnel de la chose que je n’avais pas même compris que pour Eun Ji, il y avait aussi des craintes à avoir, comme celle que je m’évapore dans la nature sans prévenir pour ne plus avoir affaire à elle ou à ses, non, nos parents biologiques. En gage de ma bonne foi et dans le but de la rassurer au plus vite, je sortis d’emblée l’une des nombreuses cartes de visite que j’avais toujours dans mon sac et la lui tendis.

« Tiens, comme ça tu es certaine de pouvoir me joindre si le cœur t’en dit, l’informai-je, tentant tant bien que mal d’esquisser un sourire chaleureux, bon c’est ma carte professionnelle donc la petite déco on s’en fiche un peu, y’a mon numéro de téléphone et mon mail, ça m’étonnerait que je sois indisponible sur les deux, sauf problème majeur. »

Mais en vérité, il y avait peu de chance pour qu’un problème de la plus haute importance m’empêchât de lui répondre en moins de vingt-quatre heures, même quand j’avais un projet urgent à boucler, je m’arrangeais toujours pour accorder cinq minutes par-ci par-là à mes contacts. Au pire, je pourrais bien lui dire que j’étais occupée et que je la recontacterais plus tard. Cela dit, je préférais être franche avec dès le départ.

« Écoute, je peux pas te promettre qu’on va devenir les meilleures amies du monde en rien de temps ni qu’on va former une super famille en un rien de temps, lui avouai-je avec une voix légèrement cassée, par contre, je vais pas t’ignorer et faire comme si rien ne s’était passé. Faut juste le temps que je retombe sur mes pattes, tu vois ?, ajoutai-je avec un rire nerveux, laisse-moi juste le temps de mettre les choses au clair de mon côté et après… Je sais pas, on peut essayer de se voir, de se connaître… »

Avec vingt-trois ans de séparation, autant dire que nous avions du temps à rattraper. Je ne pouvais pas m’ouvrir à elle tout de suite, sous le coup de sa révélation soudaine, mais ce que je pouvais lui promettre, c’était que nous n’en resterions pas là et j’espérais sincèrement que cela lui suffirait.
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Go Eun Ji
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MessageSujet: Re: katherine&eunji Δ act I   Jeu 30 Juil - 3:26

Ce n'était pas vraiment la place d'Eun Ji d'aller chercher une sœur perdue depuis des années. Elle avait grandi heureuse, malgré le manque de moyen de ses parents et ne s'était jamais sentie déplacée ou à l'écart dans son monde. Elle connaissait la sécurité d'une mère aimante et son père était pour elle l'inspiration qu'il lui fallait à donner son meilleur au quotidien. On ne lui avait jamais laissé sentir la difficulté ou le besoin de se serrer la ceinture pendant l'enfance et aujourd'hui elle en était infiniment reconnaissante à sa famille. Maintenant qu'elle y réfléchissait, ses parents n'avaient pas fait du manque de sa sœur jumelle un vide probant et ne l'avaient même jamais vraiment mentionné, pour le bien de leur fille. Alors que cherchait-elle à trouver chez Katherine s'il n'y avait dans sa vie aucun vide à combler, dans son cœur aucune plaie à panser ? La logique aurait demandé qu'elle se contente de ce qu'elle avait, accepte ce renversement du sort sans chercher à y changer quoi que ce soit, parce que s'insinuer dans la vie d'une jeune femme de vingt-trois ans, quelle qu'elle soit et si celle-ci n'avait jamais cherché à les retrouver, eux, serait empiéter sur quelque chose qu'elle ne pourrait jamais réparer. Peut-être que, à l'instar d'elle-même, Katherine avait eu une vie bien remplie et heureuse et qu'elle n'avait pas besoin d'une inconnue pour la chambouler. Autrement dit, continuer sa vie comme si de rien n'était aurait offert un bonheur et une stabilité que débarquer dans la vie de sa sœur jumelle pouvait compromettre.

Mais la logique était loin derrière elle maintenant. Elle commettait peut-être un acte égoïste et elle voyait dans les yeux de sa vis-à-vis les changement irrémédiables que son arrivée était en train de causer. Pour le meilleur ou pour le pire ? Seul le temps serait capable de le déterminer mais il fallait déjà que ce temps lui soit accordé. Il était trop tard pour faire demi-tour, elle avait déjà impacté leurs vies à toutes les deux en se montrant dans celle de Katherine et le moins qu'elle puisse faire était de se montrer digne de l'attention de celle-ci. Elle n'avait aucune idée de ce que la jeune Américaine pouvait chercher en une sœur, et elle était encore moins sûre d'être capable d'y correspondre. En quoi aurait-elle pu ? Katherine était issue d'une famille riche, et avait eu l'ambition suffisante pour s'en séparer et réussir par ses propres moyens. Qu'était Eun Ji à côté ? C'était le cœur plein d'appréhension que cette dernière prenait chacun de ses pas, Katherine semblant ignorer son combat intérieur contre ses propres démons. Et lorsque vint la question d'une potentielle future rencontre, la rouquine avait décrété pour elle-même qu'elle irait jusqu'au bout, quoi que cela se révèle être à l'avenir.

« Tiens, comme ça tu es certaine de pouvoir me joindre si le cœur t’en dit. Bon c’est ma carte professionnelle donc la petite déco on s’en fiche un peu, y’a mon numéro de téléphone et mon mail, ça m’étonnerait que je sois indisponible sur les deux, sauf problème majeur. »

Sur ces mots, la jeune femme lui avait tendu ladite carte de visite que Eun Ji avait saisi entre ses deux mains comme s'il s'agissait d'un don des plus précieux, soudain écrasée par le soulagement. Katherine consentait donc à la revoir, lui laissait même l'opportunité de faire le premier pas plutôt que de garder sa réserve quant à ses décisions. Elle aurait très bien plus demander son numéro à l'Ulsannaise et lui signaler qu'elle la rappellerait une fois qu'elle serait prête, mais comme gage de bonne foi elle ne l'avait pas fait et c'était bien plus qu'Eun Ji aurait pu espérer.

« Merci, Katherine », souffla-t-elle enfin, forçant sa langue à former le bon son cette fois. « Ça compte énormément. »

Son arrivée à Incheon commençait enfin à prendre un sens un peu plus défini que la limite vague qu'elle avait maintenue jusqu'à présent. Elle touchait enfin non pas un but, mais au moins quelque chose de tangible. De bien plus palpable que l'idée qu'elle se faisait de sa sœur avant de la rencontrer l'avait été.

« Écoute, je peux pas te promettre qu’on va devenir les meilleures amies du monde en rien de temps ni qu’on va former une super famille en un rien de temps, par contre, je vais pas t’ignorer et faire comme si rien ne s’était passé. Faut juste le temps que je retombe sur mes pattes, tu vois ? Laisse-moi juste le temps de mettre les choses au clair de mon côté et après… Je sais pas, on peut essayer de se voir, de se connaître… »

Eun Ji hocha plusieurs fois énergiquement la tête en l'écoutant. Bien sûr, elle ne comptait pas la rappeler le lendemain ou la rapatrier à Ulsan avec elle pour vivre avec leurs parents. Katherine avait sans doute énormément à mettre au clair de son côté et elle-même aurait à anticiper la suite des événements. Elle se demandait si ce genre de choses devaient se faire naturellement ou bien s'il y avait un moyen de les rendre plus agréables. Aurait-ce été insensible de sa part de demander de combien de temps pensait-elle avoir besoin avant qu'Eun Ji ne puisse la recontacter ? Sûrement, oui. Foutu tact qu'elle ne possédait pas, elle se retrouva incapable de reformuler la question sous un angle plus positif. Tant pis, il lui faudrait évaluer au nez.

« Non, c'est normal, assura-t-elle de sa voix fluette, c'est déjà énorme que tu acceptes tout ça... Vraiment. Je n'en attendais pas autant en te rencontrant, Katherine. » Plus elle le répétait, plus le prénom commençait à prendre des intonations familières dans sa bouche et son accent, bien que toujours évident, se faisait moins forcé. « Ce sera avec plaisir pour te revoir. »

Elle avait conclu sur un sourire qu'elle espérait rassurant. C'était volontairement qu'elle avait omis de mentionner leurs parents – une chose à la fois, pensait-elle, et aborder ce sujet nécessiterait un laps de temps un peu plus long. Commençons par la sœur, avant de tout de suite aborder le sujet des géniteurs. Ce sujet-là était encore plus délicat. Or tout semblait l'être, et Eun Ji se sentait incapable de déterminer des limites à tracer et à ne pas franchir. Elle ne voulait pas donner l'impression d'empiéter, ou bien d'être trop absente. Et atteindre le juste milieu quand on ne connaissait pas la notion de dosage allait s'avérer compliqué.
Sortant son portable de sa poche, elle composa le numéro inscrit sur la carte sur son pavé tactile et le laissa composer, avant d'entendre la sonnerie du portable de Katherine et de raccrocher.

« Comme ça tu auras aussi mon numéro, justifia-t-elle en rangeant de nouveau l'appareil dans sa poche. Si tu as besoin de me contacter pour une quelconque raison...je sais pas. Ça peut servir. »

Son dos s'appuya de nouveau contre le banc, désormais un peu plus détendue qu'elle ne l'avait été depuis leur rencontre. Ses pensées avaient arrêté de s'affoler en direction de la jeune femme et de comment la convaincre de ne pas m'envoyer paître et elle pût reprendre pleinement ses esprits. Qui se tournèrent directement vers sa patronne, qui devait être furax, sans compter sa collègue sûrement débordée qui devait parler d'elle à tous les clients pour peu que ceux-ci montre un signe d'impatience à son encontre. Puis rapide coup d'œil aux sacs que portait l'Américaine à leur rencontre.

« Je crois que j'ai foutu ta journée shopping en l'air. Je suis désolée. »
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Hwang Katherine
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MessageSujet: Re: katherine&eunji Δ act I   Mar 1 Sep - 19:07




Act I

Eun Ji & Katherine


Je comprenais tout à fait qu’Eun Ji avait besoin d’une garantie pour me revoir, d’un moyen pour me contacter si jamais elle le souhaitait ou si jamais je ne donnais plus de signe de vie depuis plusieurs mois. N’importe qui serait effrayé par une telle nouvelle et beaucoup seraient tentés de faire simplement comme s’il ne s’était rien passé, qu’ils n’avaient rien entendu et que tout cela n’était qu’un mauvais rêve qui ne reviendrait jamais. Je mentirais si je disais que l’idée ne m’avait pas effleuré l’esprit, il était vrai que j’avais songé à fuir durant un instant, et c’était peut-être pour cela qu’il m’avait paru plus aisé de songer que ma sœur était une arnaqueuse qui cherchait à semer la zizanie dans mon cercle familial. Mais il était évident que c’était me mentir à moi-même et ce n’était pas ma nature. Peu importait combien c’était difficile, j’avais toujours préféré la vérité et la réalité aux mensonges et aux illusions, élément si atypique chez moi qui aurait dû me mettre la puce à l’oreille quant au secret de ma naissance. Tant mieux pour elle, sinon sa démarche aurait été vaine je pense, car dans mon cas, peu de gens auraient renoncé à un statut social confortable tel que le mien – on ne va pas se mentir, on aime toujours venir d’un milieu aisé – pour accepter la vérité que présentait Eun Ji.

Bien ce que fût toujours difficile à accepter dans mon esprit, moi-même je commençais à songer à la suite des évènements. Une chose était certaine : je ne me voyais pas rentrer dans la demeure familiale, tout sourire, comme si de rien n’était. Je ne pourrais pas non plus faire comme si la rousse n’était jamais venue ou qu’elle n’existait pas. Je sentais déjà que j’éprouverais le besoin de la rappeler dans la semaine, parce que j’aurais cogité, que la situation paraîtrait plus rationnelle et que je voudrais donc en savoir davantage. Pour le moment, la nouvelle elle-même me suffisait mais des questions évidentes viendraient me tourmenter. Pourquoi mes parents biologiques avaient-ils accepté de m’abandonner aux mains de ma famille adoptive ? Quelle raison avait poussé cette dernière à vouloir adopter une fille alors qu’ils avaient déjà eu un fils et auraient ensuite des jumeaux ? Pourquoi m’avaient-ils toujours caché que j’avais été adoptée ? Tant d’hypothétiques interrogations fluctuaient déjà dans mon cerveau, mais je ne me sentais toujours pas la force de les poser à cet instant-là. Je préférais attendre de digérer la nouvelle.

Cela me fit plaisir de voir qu’elle appréciait mon geste et qu’elle n’en espérait pas tant de ma part, ce qui était normal comme je l’avais expliqué. Il n’empêchait que sa réaction me motivait à faire de nouveaux efforts pour me rapprocher d’elle, elle paraissait vraiment compréhensive et compatissante, alors ça me touchait. Ce n’était pas comme si elle espérait m’imposer cette situation à n’importe quel prix. Le fait qu’elle commençait à maîtriser la prononciation de mon prénom me réjouit aussi et me fit un peu rire. Autant chez la majeure partie des Coréens, je trouvais cela terriblement agaçant, autant chez elle c’était presque mignon. Et la voir sourire me rassurait un peu aussi, je savais au moins que je pouvais me fier à quelqu’un, c’était important. Je fus un peu étonnée en attendant la sonnerie de mon portable, je ne pensais pas recevoir de message mais je compris rapidement suite à son intervention que c’était elle qui en était à l’origine. Au moins elle savait que je ne l’avais pas menée en bateau. Et j’avais son numéro.

« Merci. Tu as raison. Je risque de te contacter si jamais trop de questions affluent dans ma tête d’ici quelques jours, expliquai-je avec un sourire gêné. »

Cela pouvait même arriver dès le lendemain si ça continuait à ce rythme. Fou comme un cerveau pouvait fonctionner trois fois plus vite selon les circonstances, non ? Au moment où je pensais que nous avions fait le tour de la question, la voix d’Eun Ji résonna de nouveau. Si elle avait foiré ma journée shopping ? Pas vraiment non.

« Eh bien écoute, je ne m’en sors pas trop mal !, lançai-je avec un léger ricanement, j’ai quand même pu acheter pas mal de choses. Disons que je me serais passée des commentaires déplaisants de ta collègue sur mon piercing et mes cheveux… »

Il était vrai qu’elle n’avait pas mâché ses mots et si j’étais une cliente un peu plus chiante, j’aurais sans doute fait remonter l’information à la direction. Mais l’erreur était humaine et vu le contexte, je comprenais qu’elle m’eût confondue avec Eun Ji. Moi-même je m’y serais trompée dans un moment d’égarement. En parlant de cela, n’était-elle pas supposée travailler en ce moment même ?

« Et toi ton travail ? Tu ne risques pas d’avoir des représailles peut-être là par exemple ? »

J’avais beau avoir eu une cuillère en argent dans mon berceau, je n’étais pas moins sensible aux exigences du monde du travail. Si elle tardait trop, elle risquait bien de ne plus avoir de quoi gagner son pain, s’il n’était pas déjà trop tard.
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Go Eun Ji
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MessageSujet: Re: katherine&eunji Δ act I   Dim 15 Nov - 0:42

La situation aurait presque pu s'apparenter à un rêve. Après seulement deux mois sur Incheon, des semaines conséquentes de recherches, son objectif était rempli. Elle était tombée sur sa sœur au hasard pendant qu'elle travaillait, elle avait réussi à la faire écouter ses raisons et elles allaient bientôt se revoir. Ne lui restait plus qu'à plier bagage, quitter le minuscule appartement miteux et mal isolé qui lui servait de repaire pour ses hacks et rentrer chez elle pour annoncer la nouvelle à ses parents. Reprendre une nouvelle vie, enfin, avec une forme de nouvelle famille et une rédemption sans laquelle elle étouffait tellement. Elle avait réussi. Cette chose qu'elle attendait tant, dont elle avait tellement besoin pour recommencer de zéro était là, sous ses yeux et elle avait promis de ne pas s'évanouir dans la nature. Elle avait pu poser la main sur cet espoir, elle n'était qu'à quelques centimètres de réaliser ce qui la tenait tant à cœur, et pourtant elle n'osait pas entièrement la refermer. De peur de ne briser quelque chose au passage.

De peur que son égoïsme frappant ne foute tout en l'air à nouveau.

Prendre des précautions n'était pourtant pas son domaine et tout en faisant de son mieux pour doser chacune de ses réactions, calculer ses mots de manière à arrondir les bords, ne pas couper Katherine avec les angles tranchants de sa carapace. Hwang Katherine avait une famille honorable et la fierté que procurait la réussite. Go Eun Ji était une tornade qui avait détruit son avenir et rasé ses proches au passage et qui, après l'anéantissement ne savait plus trop comment se reconstruire. Et elle débarquait dans la vie de cette sœur retrouvée avec son vent et quelques débris d'espoirs, oiseau de mauvais augure qui s'attendait à ce que la fenêtre lui soit claquée au nez ; pas par méchanceté, par instinct de protection, comme ils l'avaient tous fait. Mais Katherine lui avait ouvert grand la porte, l'avait accueillie avec pour seule condition celle de lui donner du temps. Ça tombait bien ; du temps, Eun Ji en avait plein les bras.

« Merci. Tu as raison. Je risque de te contacter si jamais trop de questions affluent dans ma tête d’ici quelques jours. »

La Coréenne avait répondu par un sourire qu'elle espérait paraître sincère – il l'était. Il l'était, sous toute la couche d'embarras qu'elle s'efforçait de balayer d'un revers de main sans jamais y parvenir. Elle n'était pas sûre d'être à même de répondre à toutes ses questions avec sa version un peu tronquée des faits et les informations qu'elle avait récupérées mais comptait censurer dans un premier temps… Elle n'était pas tout à fait honnête, certes, mais elle estimait que c'était pour le mieux. Qui à sa place n'aurait pas décidé de cacher le trafic qui avait eu lieu ? C'était à vous dégoûter de vos parents biologiques, à répugner ceux qui vous avaient adoptée. À maudire la porte-parole qui était venue vous annoncer la chose tout en vous cachant le côté noir de l'affaire, mais les regrets viendraient plus tard. Elle s'excusa, indirectement pour ses cachotteries et, plus ouvertement, pour avoir gâché l'après-midi de l'Américaine – elle lui devait bien ça, même si celle-ci ne semblait pas de son avis.

« Eh bien écoute, je ne m’en sors pas trop mal ! J’ai quand même pu acheter pas mal de choses. Disons que je me serais passée des commentaires déplaisants de ta collègue sur mon piercing et mes cheveux…

– Attends », interrompit-elle en s'appuyant de ses deux mains sur le banc, basculant son poids sur ses bras pour se pencher légèrement en avant, sourcil froncés. « Elle t'a dit ça ? Mais… » Une main quitta son appui, la faisant se renfoncer légèrement dans le banc, et elle la passa dans ses longues boucles rousses. Les yeux plissés, scrutant le vide comme si la réponse allait y apparaître. Ce fut le cas. « Oh, réalisa-t-elle en frappant ses mains l'une contre l'autre. Ça doit aller de pair avec les reproches qu'elle m'a faits au sujet d'''essayer des fringues pendant le travail''… Elle a du nous confondre », conclut-elle amusée par la perspective. Et à la fois pas très fière du comportement de son aînée. « Désolée pour ça aussi. Ma collègue est un peu particulière. »

Si toutefois c'était toujours sa collègue et qu'elle n'avait pas été licenciée entre-temps. Ce qui était fort possible et qui, très clairement, ne serait pas une grande surprise. Ce ne serait que l'énième fois ce mois-ci et, comme après tous les autres renvois qu'elle avait dû essuyer, elle retomberait sur ses pattes et trouverait un nouvel emploi ailleurs, dans un domaine encore catégoriquement différent pour en partir après deux semaines. Éventuellement songer à reprendre ses activités lucratives de hacking, puis décider contre. Se reprendre en main, espérer que la prochaine fois serait la bonne, une routine entêtante de laquelle elle se refusait de sortir par peur que ça n'entraîne sa propre déchéance. Elle ne fut pas étonnée par la question de Katherine – elle se contenta même de hausser les épaules, comme indifférente à son sort.

« Je suis sûrement déjà licenciée, Dame Vador... » Légère pause, remise au point. « Ma patronne, se corrigea-t-elle, ne perd pas de temps. L'impact sur la productivité est in-to-lé-râble et j'ai failli à ma mission, j'en suis certaine. » Une moue triste pour conclure cette imitation et elle mordit l'intérieur de ses joues sur l'embarras qui la suivit. Ce fut avec difficulté qu'elle quitta le banc, plus par peur de tourner le dos et de revenir à sa vie d'avant, dans laquelle Katherine ne faisait pas partie. Pour autant elle savait que prolonger l'échange n'aurait qu'un effet négatif, sûrement – elles avaient besoin de temps. « Mais tu as raison, je devrais y retourner. Limiter les dégâts. » Une main dans son jean, cachée pour éviter la gêne de l'au revoir qui allait s'ensuivre.  « Tu n'habites pas trop loin ? »
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Hwang Katherine
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MessageSujet: Re: katherine&eunji Δ act I   Mer 18 Nov - 13:20




Act I

Eun Ji & Katherine


Pour une journée atypique, c’en était définitivement une. Je ne m’étais pas attendue à me faire soudainement accoster par une inconnue et encore moins que cette dernière se révélât être en vérité ma sœur jumelle cachée. Rien que de le formuler dans ma tête, c’était étrange et je peinais à me rendre réellement compte de ce que cela impliquait, à commencer par le fait que non je n’étais pas liée à mes frères et ma sœur par le sang, mais simplement par une démarche d’adoption dont je n’avais pas encore tous les éléments en mains. Bien que ma vie et mon quotidien aient toujours paru être une immense comédie à mes yeux, je ne savais pas que c’était le cas, je ne savais pas que je n’étais en rien destinée à cette existence au départ. C’était toujours déroutant quand quelqu’un venait vous annoncer qu’en réalité, vous n’étiez pas à votre place, que tout cela n’était qu’une mascarade ridicule orchestrée depuis votre naissance. Nul doute que ce soir-là j’allais passer mon temps à broyer du noir, en pyjama, avec des couettes grotesques devant une série mielleuse, un bon paquet de bonbons dans les mains. J’avais peut-être eu le temps de faire mon shopping en toute sérénité – bon je n’avais pas fait le tour des boutiques mais j’avais quand même de beaux achats pour compenser – mais pour ce qui était du reste de la journée, je n’avais aucune certitude quant à ma capacité de réussir à faire en sorte qu’elle ne soit pas totalement gâchée. Faire un pas vers Eun Ji et faire en sorte de garder contact avec elle était sûrement un bon moyen d’avancer dans ce sens.

Cette dernière demeura interdite un moment quand je lui fis état des réflexions désagréables que m’avait lancées sa collègue. J’étais bien consciente que mon look ne suscitait pas forcément l’approbation générale, en particulier en Corée du Sud, mais à ce point, c’était un peu fort, non ? Surtout à l’égard d’une cliente, il me paraissait un minimum poli de ne pas venir les agresser de la sorte, quand bien même on n’approuvait pas leur apparence physique. En tout cas, Eun Ji déduisit rapidement qu’il y avait eu quiproquo en l’occurrence et je lâchai un petit rire en l’entendant énoncer les reproches qu’elle lui avait fait également. Elle n’avait pas dû comprendre grand-chose la pauvre, mais n’avait-elle pas songé une minute que changer de coupe en une minute était humainement impossible ? Heureusement qu’elle n’avait pas assisté à notre face à face au moment de passer en caisse, elle n’aurait pas dormi de la nuit. Comme moi cette nuit très probablement, et comme mon interlocutrice peut-être. Au moins, elle avait mon numéro si elle souhaitait discuter entre insomniaques.

En revanche, je fus surprise du surnom qu’elle donnait à sa patronne, qui n’était de toute évidence pas bien commode. Il était courant que les rapports avec les supérieurs étaient parfois compliqués, voire glaciaux, alors cela ne me surprit pas tant que cela de l’écouter parodier la fameuse « Dame Vador », à vrai dire, je me contentai d’esquisser un petit sourire désolé. Après tout, c’était ma faute si elle se retrouvait dans cette position délicate et je ne pouvais m’empêcher de culpabiliser de lui avoir involontairement fait perdre son job. Surtout pour avoir été exécrable, même si c’était pendant un bref instant de déni spectaculaire. Cependant, comme on pouvait s’y attendre de la part de quelqu’un avec qui je partageais de nombreux gènes, elle fit preuve d’une détermination sans faille, décidée à y retourner, au cas où tout espoir ne serait pas totalement perdu. C’était stupide, mais cette ressemblance me foudroya, si bien que je me mis à cligner des yeux plusieurs fois avant de me décider à finalement réagir. Ce n’était pas correct de faire attendre les gens quand ils posaient une question, encore moins quand il s’agissait de sa sœur disparue.

« Non, non c’est à deux pas, m’empressai-je de préciser, à peine quelques rues et on y est. Je t’enverrais l’adresse à l’occasion si tu veux passer un jour. »

A condition qu’elle me prévienne suffisamment à l’avance, histoire qu’elle ne débarque pas au milieu d’un champ de bataille, ce qui arrivait souvent quand je travaillais sur un projet. Les feuilles s’éparpillaient facile et j’en venais à faire de même avec le reste de mes affaires. Je ne tenais pas à l’impressionner mais j’estimais qu’il était préférable qu’elle vienne dans un endroit à peu près rangé et propre. Maniaque ? A peine. Sur ce, je me levai à mon tour, ne voulant en aucun cas la retarder quant à ses obligations et ayant besoin de m’étaler sur mon lit comme une larve de mon côté. Avec une aspirine.

« Et bien, ce fut un plaisir de te rencontrer Eun Ji. Je ne vais pas te retarder plus longtemps, tu as du pain sur la planche. Heu… on se tient au courant ? »

Sur ce, je la saluai poliment – un exploit venant de moi – et lui fis un petit signe de la main en m’éloignant, encore chamboulée par toutes ces révélations. Soit j’allais rester bien tranquillement chez moi, soit j’allais sortir quelque part pour évacuer tout ce stress, je n’avais pas encore décidé de la façon dont j’allais gérer cela. Mais j’étais certaine de ne pas jouer l’autruche et qu’à un moment ou un autre, j’allais finir par la contacter, à moins que ce ne soit l’inverse.
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katherine&eunji Δ act I

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